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Archive for the ‘Nouvelles’ Category

A chaque instant, Dieu, le Soi, la Vie, nous propose l’au-delà du moi.

Voici un petit film (film gagnant du festival du court métrage en Egypte) qui fait toucher du doigt ce que cherche à nous faire découvrir la vie. Regardez- le, puis revenez au petit caillou du jour :

Souliers112 – YouTube

 

« De l’éveil à la nature de l’esprit. »

      Une histoire zen raconte qu’un moine errant en quête de l’éveil, avait passé de très nombreuses années en pratiques intenses, allant de monastères en monastères… apparemment en vain. Un jour, au cours de ses pérégrinations, tandis qu’il traverse un pont de bois, son pied heurte un caillou qui va frapper le rebord en bois du pont. En entendant le son du caillou sur le bois, il rit : il venait de s’éveiller à la nature vide et lumineuse de l’esprit.

     Lorsque le fruit est mûr la nature de l’Esprit se révèle. Rien ni personne n’en est la cause, car ce n’est pas ce qui est rencontré qui par magie éveille, mais en nous « ce » qui rencontre. Est-ce « moi » ou l’au-delà du moi ? Ainsi ce beau témoignage.

 

 

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         « Reconnu comme l’incarnation de Chögyur Lingpa, Neten Chöling Rinpoche s’échappa du Tibet en 1959. Il passa ses dernières années dans l’Himachal Pradesh (Inde du Nord), où il mourut, après avoir fondé le Monastère de Chöling, à Bir.

Dans sa jeunesse, Neten Chöling fut un étudiant précoce, comme beaucoup de jeunes lamas incarnés (tulkus). Il devint excessivement fier de son savoir et de son intelligence. A cette époque, il étudiait et pratiquait sous la direction de l’un des plus grands lamas du Tibet oriental, Jamyang Khyentse Rinpoche, appelé aussi Chökyi Lodro.

Plein d’un orgueil juvénile, Neten Chöling décida d’aller à Lhassa, à de nombreux jours de cheval, pour avoir des controverses avec les geshé (docteurs) et les dialecticiens Gelugpa. Il leur en remontrerait à coup sûr !

Il fit les préparatifs pour ce long voyage. Son maître, Jamyang Khyentse, quand son disciple lui demanda, de façon formelle, sa permission et sa bénédiction pour son départ, lui dit : « Il est bien de partir, mais attends un peu. »

Quelques jours plus tard, Jamyang Khyense octroya une importante transmission de pouvoir dans le cadre du Vajrayana. Il se trouva que ce jour-là, Chöling Tulku souffrait de très douloureuses crampes à l’estomac. Quand le distingué Khyentse Rinpoche, au chef blanchi, marcha, avec sa dignité coutumière, le long de la rangée de lamas et d’incarnés importants, il plaça le vase sacré d’initiation en or directement sur la tête de Chöling, en signe de bénédiction… Puis, à l’étonnement général, il envoya un coup de pied dans le ventre du jeune tulku.
Chöling avait tant de gaz dans son estomac terriblement bouleversé, qu’il émit une flatulence forte et magnifique – chose qu’il ne convient guère de faire dans un temple, bien moins encore en compagnie spirituelle. Il est difficile d’imaginer la honte et l’embarras qu’il dut éprouver.

Khyentse Rinpoche braqua son index sur le visage rougi du jeune tulku, et cria : « C’est ça ! »

Parce que son mental fut, pour un instant, totalement dépouillé des fabrications conceptuelles, Neten Chöling s’éveilla d’une existence illusionnée, dualiste, semblable à un rêve, et reconnut la nature fondamentale de l’esprit.

Chöling Rinpoche lui-même raconta cette histoire, ajoutant que depuis lors, il n’avait jamais perdu cette profonde réalisation. Il ne fit pas non plus le voyage pour Lhassa, afin de participer à des joutes oratoires publiques ; il n’avait plus besoin de prouver quoi que ce fût à personne. »

Extraits de Contes Tibétains – Surya Das – Le Courrier du Livre

 

         Ce n’est pas le fait d’avoir pété violemment dans des circonstances particulièrement inadéquates qui a éveillé Chöling Rinpoche. C’est d’avoir été prêt à entendre le « C’est ça », c’est-à-dire l’origine « moi » du rougissement et de la honte, afin que le quitter « moi » survienne, au lieu que « moi » tente de sauver sa peau, en se confondant en excuses ou en tentant de se trouver des excuses dans l’état physique du moment.

         Tous nos efforts sont les signes avant-coureurs et non les causes. Et si nous rencontrons un sage auprès duquel ou de laquelle la nature de l’Esprit se révèle, c’est que le moment est venu pour que le retour à la maison se fasse. Aussi, dans toutes nos pratiques, nos accomplissements humains et nos rencontres avec des éveillés, souhaitons simplement ressentir la nostalgie de l’au-delà du moi, sans jamais nous attribuer un quelconque résultat ou une quelconque démarche. Juste demeurer témoin de ce qui se fait, de ce qui arrive. Quitter le vouloir, et être. Quitter le but pour ce qui est, afin de le connaître au lieu de le recouvrir de rêves dorés.

De nos jours, un homme incarne très concrètement le « quitter le vouloir, et être ».

Pierre Rabhi : ma (R)évolution intérieure – YouTube

Belle semaine

François

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Je commence ce « petit cailloux » avec une remarque fort juste que m’a faite Françoise, mon épouse :

« Tu dis souvent que le chemin commence à partir de… comme si avant le chemin n’avait commencé. Ce n’est pas quelque chose qui peut aider ».

Cette remarque m’a montré qu’en effet cette façon d’écrire trouvait sa source dans un vécu qui m’est propre : en fait je me rend compte que la vision linéaire a toujours était quasiment absente. C’est comme en promenade ; je n’ai pas une vision linéaire, et je crois ne l’avoir en fait jamais eu. Chaque pas est le commencement. Et si je regarde ma vie, je ressens qu’elle s’est déroulée ainsi. Mais les deux visions sont vraies. Celle du point et celle de la ligne.

 

« Moi »

 

         Si je regarde vers mon enfance, après que « moi » soit devenu réalité pour « Je » qui se disait simplement avant, je me rends compte que, bien que jamais désigné, « moi », dès sa formation vers deux ou trois ans jusqu’à il y a quelques années, est au centre de tout ce que je rencontre :

La famille : moi doit être ceci ou cela.

Dans la rue : moi doit être ceci ou cela.

À l’école : moi doit être ceci ou cela.

À l’église : moi doit être ceci ou cela.  

Même dans les jeux, moi doit être ceci ou cela.

         Pour certains, certaines, cela ne pose pas de problème car leur « moi » est majoritairement conforme aux attentes, jusque dans leur image physique.

         Si je regarde ce qui m’a poussé dans la vie, c’est l’inadéquation entre attentes et « moi ». Si je regarde ce qui pousse certains dans la vie, c’est l’adéquation entre attentes et « moi ».

         Au cœur de la quête spirituelle, un jour, moi conforme ou moi non conforme, est vu comme une vitre colorée nous obligeant à teinter le vu, perçu, ressenti, conceptualisé. Et nous voilà dans une nouvelle dualité : voir que la vitre est teintée, souhaiter ou ne pas vouloir que la vitre soit teintée de cette façon. Cela devient une telle obsession chez certains, qu’ils inventent et se soumettent à toutes sortes de comportements pour modifier cette couleur qui ne leur convient pas, ou pour la rendre encore plus belle à leurs yeux. Et dans la quête spirituelle cela continue : et chacun d’y aller de sa couleur « divine » et si possible plus divine que…

         Cela je l’ai tellement vécu, convaincu à chaque fois que la couleur allait changer pour plus de… Jusqu’au jour où m’est apparu que je me focalisais sur la couleur de la  vitre, sans être conscient de « l’œil » qui permettait à la vitre de se voir. Que je n’étais pas la vitre colorée, divinement dorée ou démoniaquement « sombre ». Qu’en fait la couleur de la vitre est toujours conditionnée, est toujours l’expression d’un « moi » identifié à. Mais que l’œil témoin de cette vitre, est sans cause, sans conditionnement, sans caractéristique, sans rien de personnel. Il est juste « vision », et même pas vision de, car en lui la vitre « moi » se voit, mais lui demeure vision.

            Et là j’ai connu, comme déjà dit, que ce n’est pas la voie qui est dualiste ou pas, c’est le mode d’emploi. La dualité consiste à vouloir changer la couleur de la vitre c’est à dire l’image conditionnée que nous avons de nous-même ; cette démarche est proposée par le mental, le moi, à travers laquelle il défend chèrement son existence, particulièrement dans la quête spirituelle, en nous disant constamment à l’oreille : « fais ceci, « toi » tu atteindras Dieu ». Or il ne s’agit pas de changer la couleur de la vitre, mais d’entrer en conscience de cette couleur.

         Tout chemin passe par ce point. Le cheminement passe par une lente ouverture, un affinage, une lente transformation d’un mental de plomb, plombant tout ce qu’il perçoit, en une lumière mettant en lumière et rendant lumineux tout ce qui est perçu.

         Un jour le moi, à force de se taper la tête sur ce qu’il ne voit pas, se scinde en observateur et observé. Il y a un témoin qui observe. En lying, je l’ai vécu et re-vécu, ce regard absolument neutre qui éclaire nos aspects les plus sombres ou les plus douloureux, comme les plus heureux et les plus lumineux. Mais le but demeurait uniquement « voir pour que la couleur change ». Cela est simple constat, et je me rends compte aujourd’hui que ça ne pouvait pas ne pas être. À force de regarder, la conscience peu à peu est remontée de témoin en témoin, jusqu’au jour où, auprès d’Amma, il y a eu connexion à « l’œil »  en lequel les témoins apparaissent. J’utilise le mot oeil en référence à la belle image donnée par Maître Eckhart :

«L’oeil dans lequel je vois Dieu est l’oeil même dans lequel
Dieu me voit : mon oeil et l’oeil de Dieu ne sont qu’un
oeil, et une vision, et une connaissance, et un amour.»

         En cet œil une vie nouvelle naît. Il n’y a plus nécessité d’être autre, simplement à mesure que moi est révélé à lui-même il se transforme, comme l’arbre pousse, fleurit…

         Cet oeil témoin connaît, bien qu’il n’observe pas mais révèle. En lui « moi » ne fusionne plus à son image changeante, en Lui moi ne se culpabilise ni ne se glorifie.

         Ainsi tout au long de notre vie le cheminement a lieu, de situations observées en témoins découverts, il y a peu à peu réunification, c’est-à-dire absence de jugement et entrée en conscience. D’abord entrée en conscience de, puis connaissance de cet « œil » originel. Et en cet œil originel il y a inversion du processus : jusqu’à présent le témoin montrait la saveur et le parfum de ce qui était observé. Le témoin apprenait aux différents aspects qui étaient jusqu’alors à couteaux tirés au sein de ce moi à s’aimer. Mais là en cet « œil » la saveur et le parfum se révèlent à eux-mêmes. Ce n’est plus un regard extérieur, même éclairé et aimant, saveurs et parfums entrent en connaissance d’eux-mêmes et par cette connaissance, naissent à l’au-delà d’eux-mêmes.

            Et si le chemin s’accélère alors, c’est simplement que moi n’est pas agressé par un regard extérieur, mais révélé à lui-même : il se voit, et en cette vision « il connaît » et en cette connaissance il naît, il entre en naissance non de ce qu’il devrait être, mais de ce qu’il est, avant qu’il fut « moi ».

           Je vous laisse en compagnie d’un témoignage qui illustre l’aspect unique de chaque cheminement.

Frédéric Lopez : ma (R)évolution intérieure – YouTube

Belle semaine

François

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Voies dualistes, voies non-dualistes

 

Que de discordes, d’anathèmes, de blessures, de souffrance, ces voies sont-elles l’une pour l’autre. Et cela pour une raison toute simple : le mental se focalise sur la voie, alors que la voie est là pour détruire le mental. Pourtant lorsqu’on a suivi l’une et a été conduit à l’autre, une évidence nous saute aux yeux :

Le disciple d’une voie dualiste est séparé de ce qu’il cherche : Dieu.

Le disciple d’une voie non-dualiste est séparé de ce qu’il cherche : la non-dualité.

Ce qui n’est pas vu c’est que la dualité n’est jamais dans la voie, mais dans le chercheur.

 

         Et lorsqu’on lit les témoignages de celles et ceux qui sont allés au bout de la voie dualiste, nous découvrons qu’ils sont dans la non-dualité, qu’ils sont devenus non-duels, Un, même et unique.

Et lorsqu’on lit les témoignages de celles et ceux qui sont allés au bout de la voie non-dualiste, nous découvrons qu’ils sont dans la non-dualité, qu’ils sont devenus  non-duels, Un, même et unique.

Et l’écueil est le même pour tous et surtout pour chacun, à commencer par soi-même. Demeurer le défenseur d’une voie ou d’une autre, revient à en faire une nourriture de « mon monde », elle qui est là pour me libérer de lui.

Si cet écueil est vu, il est vu du même coup que ces voies sont simplement adaptées à des psychismes différents, les uns vibrant devant l’idée d’une relation créature-créateur, les autres ne pouvant supporter cette idée. En fait ce sont des modes d’emploi ayant pour seul et unique but de mener chacun, malgré son psychisme, qu’il soit religieux ou non-dualiste, au-delà du moi.

Dès que le divin est retrouvé en tant que saveur, les mots le désignant s’effacent, les voies deviennent des moyens, non des buts. La saveur est perçue en tous ceux qui la vivent, quel que soit le chemin qui s’est imposé à eux. Les mots frères et sœurs sont vécus dans ce qu’ils désignent : celles et ceux qui se vivent en leur Origine, rien de communautariste là-dedans. Et plus cette saveur s’intensifie, plus cette reconnaissance s’étend à l’ensemble du manifesté, ou de la création (selon le vocabulaire aimé). La perception duelle s’efface doucement au cœur de notre cœur, à mesure que notre mental laisse la place.

Tout contact au Divin, au Soi, n’a rien d’un vécu personnel ; c’est le « voir » qui se révèle en tant que « voir » et non en tant qu’observé ; l’œil de « Cela qui est vision », quelque nom qu’on lui donne. En cet instant le mental, le concept, la forme, disparaissent, et lorsqu’ils réapparaissent, aucun trouble : nous savons que la graine, en nous, est semée. Nous voyons que nous ne pouvons rien devant cette réapparition du « moi », et plus encore que nous ne devons rien faire contre, mais simplement retourner inlassablement en ce « lieu » où il n’est juste « pas pris livraison » ; retourner inlassablement au « voir » que nous sommes, en lequel tout se manifeste, mental (moi) y compris ; ce retour inlassable au « voir », je le sais, est comme le soleil sur le fruit. Un jour ce sera mûr, non parce que nous aurons fait ou pas fait ceci ou cela, mais parce que nous aurons laissé le soleil du « voir » nous mûrir, c’est-à-dire nous détacher de l’arbre du « moi ». Simple question de « laisser la place ». Simple abandon de celui qui fait, afin que ce qui se fait à travers lui, elle, se fasse comme « le signe avant coureur de ce qui advient » et non comme la cause dont il est le sujet menant à l’obtention de.

 

Le Christianisme (voie dualiste) parle en ces termes du fruit mûr :

Maître Eckhart

«L’oeil dans lequel je vois Dieu est l’oeil même dans lequel

Dieu me voit : mon oeil et l’oeil de Dieu ne sont qu’un oeil, et une vision, et une connaissance, et un amour.»

Et ce mûrissement ultime Maître Eckhart le décrit ainsi :

« Or le détachement est si proche du néant que rien n’est assez subtil pour trouver place dans le détachement, sinon Dieu seul. »

 

Quant au moine chrétien Henri Le Saux il s’écrie :

« Il n’y a pas de place en moi pour Dieu et pour moi à la fois.
S’il y a Dieu, je ne suis pas
s’il y a moi comment Dieu pourrait-il être ?
[…]
Il n’y a que Toi au fond de moi,
Toi au fond de  tout.
Toi qui me regarde, qui m’appelle,
qui me donne l’être en me disant Toi,
[…]
Car qui suis-je, si je suis, sinon Toi ?
Car il n’y a que Toi qui es.
Si je suis, je ne puis être que Toi.

Cela Maître Eckhart le décrit comme La Pauvreté demandée par Jésus :

[…] mais il existe encore une autre pauvreté, celle qu’il faut entendre par la parole de Notre Seigneur quand il dit : « Heureux sont les pauvres en esprit ».

[ …]Certaines personnes m’ont demandé ce qu’est la pauvreté en elle-même et ce qu’est un homme pauvre.

[…]

Est un homme pauvre, celui qui ne veut rien, et qui ne sait rien, et qui n’a rien. […] »

[…]

   Si on me demandait ce qu’est un homme pauvre, qui ne veut rien, je répondrais : tout le temps que l’homme est tel que c’est sa volonté de vouloir accomplir la toute chère volonté de Dieu – cet homme n’a pas la pauvreté dont nous voulons parler, car cet homme a une volonté par laquelle il veut satisfaire à la volonté de Dieu et ce n’est pas la vraie pauvreté. Car si l’homme doit être véritablement pauvre, il doit être aussi dépris de sa volonté créée qu’il l’était quand il n’était pas.

[…]

Car je vous dis par l’éternelle vérité : tout le temps que vous avez la volonté d’accomplir la volonté de Dieu et que vous avez le désir de l’éternité et de Dieu, vous n’êtes pas pauvres, […]

Lorsque j’étais dans ma cause première, je n’avais pas de Dieu et j’étais cause de moi-même ; alors je ne voulais rien, je ne désirais rien, car j’étais un être libre, je me connaissais moi-même, jouissant de la vérité. Je me voulais moi-même et ne voulais rien d’autre ; ce que je voulais, je l’étais, et ce que j’étais, je le voulais, et là, j’étais dépris de Dieu et de toutes choses, mais lorsque, par ma volonté, je sortis et reçu mon être créé, j’eus un Dieu, car avant que fussent les créatures, Dieu n’était pas « Dieu », mais il était ce qu’il était. Mais lorsque furent les créatures et qu’elles reçurent leur être créé, Dieu n’était pas « Dieu » en lui-même, il était « Dieu » dans les créatures.

[…]

Pour autant qu’elle est en Dieu, la moindre créature a la même richesse que Lui.[…]s’il était possible qu’une mouche possède un intellect et soit capable de chercher intellectuellement l’abîme éternel de l’être divin d’où  elle est issue […]Dieu, avec tout ce qu’il est en tant que « Dieu », ne pourrait pas donner à cette mouche plénitude et satisfaction.

[…]

« Tout attachement à une œuvre quelconque […] t’enlève ta liberté d’être à la disposition de Dieu dans ce moment présent et de le suivre seul dans la lumière par laquelle Il t’invite à agir ou à omettre, libre et nouveau à chaque moment présent, comme si tu n’avais ne voulais ni ne pouvais rien d’autre […] »

Au cœur de ce même christianisme des voix de femmes, nombreuses, s’élèvent aussi. Ainsi Marguerite Porete

« Ne rien savoir, ne rien vouloir, ne rien avoir.
Cette âme voit sa propre lumière
Au point sublime où se fait l’union
Aussi se plaît-elle au plaisir de Celui
Auquel elle est unie.
Je fus avant de sortir de Dieu
Aussi nue que lui est, lui qui est,
Oui, aussi nue que j’étais lorsque j’étais
Celui qui n’était pas. »

 

Dans le Soufisme (voie dualiste) les témoignages sont nombreux

Ainsi Ibn Arabi

Mon cœur est devenu capable d’accueillir toute forme.

Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !

Il est un temple pour idoles
Et la Ka’ba pour qui en fait le tour,
Il est les tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !

La religion que je professe
Est celle de l’Amour.
Partout où ses montures se tournent
L’amour est ma religion et ma foi.

                                                                                       

Ou encore Soufi Javad Nurbakhsh 1926-2008

« A travers l’amour, J’ai atteint un lieu
Où nulle trace d’amour ne subsiste,
Où Je et Nous et le tableau de l’existence
Ont été oubliés et mis de côté. »

 

Ou encore soufi Al-Hallaj

           

         « Et maintenant je suis Toi-même, Ton existence c’est la mienne, et c’est aussi mon vouloir.»

 

Dans l’Hindouisme

Amma nous dit :

« Quand l’amour devient l’Amour Divin […] Rien ne peut y rester, car là où existent l’Amour et la compassion véritables, il ne peut y avoir d’attachement »

 

Gnanananda, cité par le père Henri Le Saux :

« Là où n’est rien,
Là même est tout.
Pénètre en ce secret
Et toi-même à toi-même disparais :
Alors seulement en vérité TU ES ! »

Sri Siddharameshwar Maharaj, maître de Nisargadatta Maharaj:

« Le fidèle devient-il Dieu, ou Dieu devient-il le fidèle ? Il n’y a pas de différence entre Dieu et son fidèle. Si Dieu devient le fidèle, l’ego disparaît, mais si le fidèle devient Dieu, l’ego du « je » subsiste. »

[…]

«Ce qui n’a pas de support est le Soi, c’est la réalité sans concept qui est au-delà de la conscience. […]La connaissance n’est un objet que pour ce qui est au-delà d’elle. Quant à l’au-delà de la connaissance, il ne saurait être l’objet de quoi que ce soit, car ici le pouvoir de connaître est absent. Il s’agit de la réalité ultime qui ne peut être ni ressentie ni imaginée. L’au-delà de la connaissance implique que la perception elle-même s’arrête là.

[…]

 La réalité ultime est antérieure à toute perception, à toute idéation. C’est pour cela qu’on ne peut la concevoir, alors que tout le reste peut être perçu. Rien ne peut apparaître dans la réalité, pas même les concepts, car il n’y a que le Un et rien d’autre, ni pour concevoir ni pour être conçu. La réalité est non conditionnée, ce qui implique qu’aucun état ne peut l’approcher, que ce soit celui de l’ignorance, de la connaissance, de l’homme ou de Dieu. »

H.W.L. Poonja, dit également :

« Là où est un être séparé, il y a souffrance. Là où est l’unité il n’existe pas de souffrance. »

Dans le bouddhisme chan

le Vieux Tcheng dit lui aussi :

« […] Dans ma nature véritable, je ne sais rien, je n’ai rien, je ne suis rien, car là il n’y a pas de vieux Tcheng. »

 

Et tous mettent en garde contre « moi » pratiquant

 Maître Eckhart (Christianisme)

« Celui- là est un homme pauvre qui ne veut rien. Certaines gens ne comprennent pas bien ce sens ; ce sont les gens qui s’attachent à la pénitence et aux exercices extérieurs que ces gens tiennent pour importants parce qu’ils s’y cherchent eux-mêmes. […] Ces gens sont nommés saints sur les apparences extérieures, mais intérieurement ce sont des ânes »

 

Le vieux Tcheng (bouddhisme Chan) est aussi tranchant :

« Quand vous auriez étudié toutes les écritures et tous les traités de tous les patriarches, rencontré tous les Éveillés et maîtrisé toutes les pratiques et les forces mystérieuses, si vous ne voyez pas l’Esprit Originel, même si vous êtes devenus des sommets de spiritualité, de sainteté et de science, votre vie crânes tondus, ne sera jamais qu’un futile amusement. »

Jetsunma Tenzin Palmo (bouddhisme tibétain) 

« La pratique authentique est au delà d’essayer.

C’est lâcher prise, lâcher prise, lâcher prise.

Détendu, spacieux, ouvert, mais complètement conscient.

C’est le véritable effort.

Le véritable effort est d’être sans effort. »

 

Etty Hillesum en camp de déportation écrit :

« Il faut oublier des mots comme Dieu, la Souffrance,

l’Éternité.

Il faut devenir aussi simple et muet que le blé qui pousse

ou la pluie qui tombe.

 

Il faut se contenter d’Être. »

 

Ainsi comme dit au début :

La dualité n’est jamais dans la voie, mais dans le chercheur.

Quant à la pratique il n’y en a pas une qui serait plus divine qu’une autre. Tout se joue au niveau de celui, celle qui s’engage dans une pratique. Est-ce « moi » en quête de Dieu ou dès le début la quête, de l’au-delà du moi, dans la nostalgie de ce que décrit St. Jean de la Croix :

« Que si désormais, en ces prés, l’on ne m’y trouve et n’y suis vu, et si l’on s’enquiert, vous direz que vraiment je me suis perdue.

Qu’éprise d’un amour ardent, je me gagnais en me perdant »

                   .

afin qu’un jour ce soit mûr, non parce que nous aurons fait ou pas fait ceci ou cela, mais parce que nous aurons laissé le soleil du « voir » nous mûrir, c’est-à-dire nous détacher de l’arbre du « moi ». Simple question de « laisser la place ». Simple abandon de celui qui fait, afin que ce qui se fait à travers lui, elle, se fasse comme « le signe avant coureur de ce qui advient » et non comme la cause dont il est le sujet menant à l’obtention de.

Belle semaine

François

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Ce que nous sommes.

 

Regarder vers, regarder au-dedans, être ou la naissance du « voir ».

Ces trois petites phrases sont l’actualisation de trois stades décrits dans le soufisme :

« Le chemin de l’éloignement, le chemin du retour, le chemin en Dieu »

۞

 

Le chemin de l’éloignement :

Il n’y a rien de péjoratif en ces termes, pas plus qu’il n’y aurait le « top du top » dans les termes ; « le chemin en Dieu »

Non, tout cela est simple constat, clarification de ce qui regarde, comprend, et non de ce qui est regardé.

Ce n’est pas non plus un enseignement destiné à être appris, c’est juste « un doigt qui montre la lune ». Et la lune, si elle est la destination, n’est pas le chemin qui y mène. Là encore bien des erreurs et des désillusions sur les multiples voies. Le chemin vers la lune c’est juste entrer en connaissance de ce qui est, ici et maintenant. Chaque constat ouvre la porte donnant accès à une vision plus « originelle ». Il ne s’agit pas d’atteindre ce que nous ne sommes pas, mais simplement de voir ce que nous sommes dans l’instant. Dès que nous entrons en connaissance de ce que nous sommes, ici et maintenant, cette connaissance nous fait naître (co-naître), non pas à un après, à un ailleurs, mais au goût de quelque chose que nous ne voyions pas avant, que nous ne connaissions même pas, un quelque chose en lequel et par lequel notre vie se déroulait mécaniquement. La souffrance subie et imposée à l’autre est la principale cause déclenchante de la mise en question de cette course hors d’haleine et aveugle sur ce chemin de l’éloignement. Ainsi, un jour, nous découvrons (quelque chose qui recouvrait s’enlève), par la grâce du chemin de l’éloignement, que notre regard est tourné vers l’extérieur. Cette découverte nous conduit à voir le manque informe, diffus, et omniprésent qui braque notre regard vers l’extérieur. La découverte de ce manque omniprésent, que notre vie soit considérée comme une réussite éblouissante ou un échec cinglant, tourne notre regard vers l’intérieur et nous ouvre l’accès à la porte du chemin du retour.

 

Le chemin du retour.

Il concerne la découverte de notre monde, non comme une référence, mais comme un non-connu, un quelque chose que nous n’avons jamais remis en question, un ensemble de certitudes, de situations, de jugements, d’attitudes, de façons de prendre, ou de rejeter, totalement programmé. C’est la découverte de ce qui compose « moi » et de la nature de « moi » : la mécanicité programmée et par là même imposée, quels que soient les « choix » que nous « faisons ». Ce regard tourné vers le dedans fouille l’oublié pourtant demeuré inscrit dans la conscience, mettant en lumière les situations telles qu’elles sont demeurées en nous à travers le vécu que nous en avons eu, et leur conséquence : l’obligation d’aimer, de haïr, d’être attiré, de rejeter, d’être un centre totalitaire jusque dans nos bons sentiments. Ce regard découvre comment ce moi s’est construit, comment il fonctionne, se nourrit lui-même, comment il se victimise, comment il opprime. Si ce regard est suffisamment vrai, il découvre la nature unique de ce que nous nommons amour et haine.

Et un jour, il voit que « moi » dans toutes ses facettes est non seulement une impasse, mais un leurre autant qu’une implacable machine à souffrance, à dévorer. Et dès qu’il connaît ce leurre et ses conséquences, cette connaissance le fait naître à ce qu’il EST.

Alors sa vue se décille un peu ; il ne voit plus le monde, ni son monde, du même œil. Comme pour Rainer Maria Rilke, le monde de la dualité s’effrite.

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« Peut-être tous les dragons de notre vie sont ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir un jour beau et courageux. Peut être que toutes les choses qui font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent de nous le secours. Pourquoi voulez vous exclure de votre vie toute inquiétude, toute souffrance, toute mélancolie alors que vous ignorez leur travail en vous ? … »

             Rainer Maria Rilke. 

 

Et le chemin en Dieu commence.

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« Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde d’ébullition. »

            Etty Hillesum septembre 1942.

 

            Ce défrichement n’est pas une action. C’est un laisser la place. Moi qui voulait, jugeait, condamnait, et croyait que le monde n’attendait que lui pour être sauvé, se trouve tout à coup objet au lieu d’être sujet. Au cœur de la conscience en laquelle il apparaît maintenant, la parole de Nisargadatta Maharaj :

« Qu’avez-vous à vouloir sauver le monde quand tout ce dont il a besoin est d’être sauvé de vous ? »

n’est plus simplement comprise mais connue, laissant le mental désarmé, muet et interdit. Plus rien à se mettre sous la dent. Le chemin en Dieu n’a plus rien de commun avec le chemin de l’éloignement ou du retour que nous connaissions, car il ne s’agit plus de faire ceci ou cela, mais de déjouer en nous, « celui » qui prétend faire, vouloir, savoir, et laisser enfin la vie, la nôtre, nous amener au « voir » et jouer le rôle qui est le sien :

nous ramener chez nous, comme dit T.S. Elliot

 « en ce lieu que nous n’avons jamais quitté et que nous reconnaissons pour la première fois ».

Alors ce que nous sommes se dévoile en tant que vacuité absolue, en laquelle tout apparaît comme une image dans un miroir parfait, parfaitement en lui-même en sa plénitude de miroir, absolument libre des objets qui viennent s’y refléter. En ce dévoilement le cheminement en Dieu commence.

Bonne semaine

François

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J’ai lu « Le bonheur et l’instant ».

Mais lire ici ne suffit pas, si l’on ne sait pas encore lire jusqu’au fond.

Le titre de ce livre est parfaitement prometteur.

Qui ne ressent un reliquat d’émotion ou d’envie dès lors qu’il est question de bonheur ?

Nous sommes des désirants infatigables, impénitents.

Et que ne contient pas ce mot : « instant » !

L’instant… Nous qui sommes aujourd’hui consommateurs assidus de l’instantané, de l’immédiateté. Toute notion de durée abolie.

Bien sûr, dans ce livre, le bonheur n’est pas, ne sera pas, de l’ordre du « bon hasard ». Ou le produit miraculeux d’une recette inédite.

Et l’instant recouvre de sa légèreté ineffable – de fait, combien de temps dure un instant ? – une exigence. Et une promesse.

Après avoir lu ce livre, j’éprouvais très fort l’acuité douce de cette exigence et, paradoxalement, l’amertume de la promesse.

L’instant – juste lui – si loin de nous au moment où il est.

Mais « Le bonheur et l’instant » est un livre utile. Un livre à relire. Ce que j’ai fait.

Un livre de chevet.

Un livre sans concessions même si son expression n’use d’aucune contrainte.

Des mots transparents, ai-je pensé.

Des phrases transparentes.

Je mesure aussitôt l’insuffisante précision du qualificatif. Translucides, peut-être mieux.

J’ai pensé : des phrases dont l’étoffe – la tessiture – flotte quelque part entre les grondements d’une abstraction de haut vol et la soie insaisissable d’un ciel limpide.

Le contenu du texte est une infime semence ; le message en paraît quelquefois hors de portée. Mais il a fait surgir dans ma mémoire ces vers de mon poète préféré : « Ce souvenir de Galilée est très petit / Il y avait l’eau et moi tout seul ».

Je relis « Le bonheur et l’instant » et il y a l’eau ; et il y a l’esseulement.

Et il y a cette saveur qui se fait jour d’un souvenir très petit.

Je me sens seul, esseulé. Tout seul au bord de la fontaine.

L’eau s’écoule et mon cœur bat. Je me tiens au milieu d’eux.

« Le bonheur et l’instant » est nourriture ; pain et eau ; manne sur le chemin.

Nourriture du cœur. Il sustente le devenir. Il l’accompagne. C’est un livre ami.

Ce livre n’appelle pas à penser. Ni même à ressentir. Il appelle seulement à voir.

Ce livre parle du voir. Mais le « voir » dont il s’agit n’est pas un verbe d’action. Ce « voir » n’a rien à voir avec le « regarder ». Ni même avec le « concevoir ».

Ce voir n’équivaut pas à un avoir.

Ni saisie, ni captation. Ni capture.

Ce livre parle de l’être. Mais c’est l’être sans attribut.

« Le bonheur et l’instant » promet l’absence heureuse de tout attribut et de tout complément.

Sans attribut, sans complément, je-moi se sent seul. Esseulé. (Pauvre moi…)

Ce n’est pas un livre de la fuite – dans la fiction ou le rêve, par exemple. Ni de l’idéalisation.

Non plus qu’un livre de l’ailleurs ou de l’évasion.

Mais l’outil –  le support – pour se poser et reposer dans l’ici et maintenant.

Le livre des heures, de la présence au présent.

Ce n’est pas le livre du passage ou du « passant ».

Ce n’est pas le livre des charmes de l’éphémère.

Mais c’est le livre de l’Ouvert.

C’est le livre tout d’humilité de l’éternité minuscule : l’instant.

C’est le livre de la dé-fusion et de l’esseulement essentiel.

C’est le livre de la dénudation. Du dénuement.

Dans la chambre lumineuse d’un fra Angelico.

Un livre qui se donne pour objet impalpable, l’Origine.

Un livre de l’Aube. Sur la saveur de l’aube. Lorsque l’aube advient en soi.

« Le bonheur et l’instant » est un livre complexe par son extrême simplicité.

Simplicité pareille au pur silex, au reflet d’eau pure du silex.

Il promet la mise à nu du vide que nous sommes ; de la vacuité qui est nôtre et que nous avons quittée – puis oubliée.

Il proclame dans le désert que comprendre n’est pas connaître.

Le « goût », le « voir », la « vacuité », l’ « être », la « conscience », le « mental »… Le lexique de ce livre demande un temps d’acclimatation. Non que nous ne connaissions pas ces mots pour nous en être souvent servis ; mais parce qu’ils dévoilent des réalités – le Réel – qui ne sauraient tomber sans se flétrir sous la maîtrise de la spéculation et les prouesses de l’intellect.

Ce sont des mots à convertir et ce sont des mots de conversion.

« Voyage de l’éloignement »… Voyage du retour, auquel nous sommes invités.

Alors la boucle se referme. Sur l’Amour.

Dans le sein de l’instant, « l’amour de moy [dit la chanson] s’y est enclose ».

L’unité de l’Un réintègre son logis.

« Et l’éternel instant se vit. »

Le bonheur et son Royaume : l’instant – ni amont, ni aval – le bonheur promis, le bonheur attendu, maintenant, tout de suite – toute notion de durée abolie – est l’état d’abandon du vouloir, du laisser-vivre la vie qui vit.

Depuis « Mal d’Ego », au fil de ses nombreuses publications, l’auteur actualise et approfondit son propos, convoquant de hautes figures de la spiritualité (Maître Eckhart, Henri Le Saux, Nisargadatta Maharaj, C. G. Jung…) ; s’attachant à dénouer signes et symboles, comme l’interprétation originale et pertinente qu’il nous donne du mythe biblique de l’Éden – point d’orgue assurément de ce dernier ouvrage –, qui devient accessible et riche d’un enseignement précieux et méconnu, pour celles et ceux qui cheminent en recherche de sens et de paix.

Jean-Marie Husson

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Document donné par Rory Nelson

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MT  18/20

         «Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »

          Cette parole de Jésus a souvent trouvée une résonance en mon cœur, chaque fois que je l’ai lue ou entendue. Il y a bien des années, je l’entendais comme elle se dit : « si vous vous réunissez au nom de Jésus, Jésus est au milieu de vous ». Pourtant, cette façon d’entendre me semblait sonner partiellement faux.

          Un jour cette parole s’est superposée à une autre parole de Jésus :

JEAN 17  :

         « Afin qu’ils soient un comme nous sommes un […] afin qu’ils soient parfaitement un »

          Cette parole est la clé, la pratique, et la vision de ce que la première pointe, comme « le doigt qui montre la lune ». Pour moi, la première démarche pour voir l’enseignement de cette parole rapportée par Mathieu, consiste à déterminer ce que ce nom « Jésus » représente pour moi. Est-ce l’homme historique ? Pourtant Jésus lui-même n’a jamais incité quiconque à adorer son image. Jésus a toujours dit avec force : « Je Suis et Toi aussi tu ES ».

         Ainsi  « Si deux ou trois se réunissent au cœur de « l’Étant » leur conscience retourne en son « centre » Je Suis.

         Et cela suppose aussi qu’en nous, tout ce qui existe (qui veut sortir de), soit accueilli sans en prendre livraison. Ce n’est pas un appel à un compromis intérieur entre tout ce qui s’affirme à hue et à dia. Cette tentative de compromis est, selon moi, vouée à l’échec pour la simple raison que même la part attirée par « Dieu » ne l’est que dans la séparation créature/créateur, et ne veut en aucun cas « Être Dieu en Dieu »  selon la belle formule de Maître Éckhart ; existant en tant que séparée de, elle ne peut que s’opposer à tout ce qui lui semble ne pas aller dans son sens.

         Mireille dans un commentaire aux petits cailloux 260 pointait une vraie question :

         Autre partage ! Quand ça lit la pratique, ça essaye de comprendre ce qui est écrit pour faire pareil….voilà tout le paradoxe, le dilemme omniprésent entre lire ce qui est écrit, sentir résonner la justesse de ce qui est proposé, et vouloir l’essayer pour soi…et pouf patapouf c’est déjà trop !!! le mental a tout récupéré Alors c’est pour qui pour quoi tous ces textes, tous ces livres, toutes ces vidéos, touts ces stages, conférences, retraites ???? Se condamner à être un éternel touriste vers, un idolâtre du chemin, un éternel insatisfait ?????la destination est là et il n’en veut pas !

Alors « soyez ouvert et tranquille, c’est tout. ce que vous cherchez est si proche de vous qu’il n’y a même pas la place d’un chemin « « la vérité que tu cherches ô ami, est toujours au-delà de toi même, C’est Elle qui t’attend et c’est Elle qui te guide. C’est Elle seule qui saura te rapprocher d’elle même »

        Si les retraites spirituelles ne portent pas tous les fruits attendus, la raison en est que la plupart du temps, c’est une partie de nous qui la fait, pendant que les autres aspects dorment ou sont mis en veilleuse. J’ai toujours eu la chance de vivre les voyages en Inde, ou les nombreuses retraites auprès d’Arnaud Desjardins, même au temps où je ne faisais que les envisager, comme un tsunami intérieur, un immense aller à reculons, rien d’attirant, seule la nécessité, et donc de m’y préparer, d’y aller, et de les vivre, dans la seule possibilité que j’avais alors : tout emporter dans cette démarche, et, comme le sapin sur lequel la neige s’accumule, plier, plier, espérant que la neige glisserait un jour. Cela a ouvert une possibilité de goûter, de connaître la saveur qui se cache derrière ces mots que je découvris plus tard chez Nisargadatta Maharaj : « ne pas prendre livraison ».

         Une retraite spirituelle n’est pas faite par « moi disciple ». Elle apparaît en tant qu’appel de ce que nous sommes : « Je Suis ». Et si cela est vu par chacun(e), les participants communient en ce qu’ils sont, ce n’est plus la rencontre de plusieurs « moi » mettant en commun une énergie vers, pour obtenir, c’est un espace vide qui se nourrit lui-même, dans la contemplation incarnée du « Je Suis au Je Suis ». Ce n’est plus une réunion d’individus, c’est le chant de personnes (per-sonnare), à travers lesquelles sonnent l’Origine dans ce retour à « il n’y a là personne ». Et si rien ne peut être la cause de ce retour, ce retour ne se fera pas si rien n’est fait.

         Belle semaine

François

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Que ton oui soit.

2 Corinthiens 1, 19

« Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Sylvain, Timothée, et

moi, n’a pas été oui et non;

il n’y a eu que

oui en lui.

Nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles, en

effet, n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles. »

 

         « Le Christ Jésus […] n’a pas été oui et non Il n’y a eu que Oui en Lui ».

             Cette façon de décrire Jésus me parle et m’enseigne, car elle pointe la seule pratique « qui ne vient pas de l’homme » ; il n’est pas question de dire « oui » mais de laisser la place au « oui » en « moi ». C’est le Oui de Marie à l’ange. Et en cette pratique, toutes les voies se retrouvent, ainsi Jetsunma Tenzin Palmo comme nous l’avons déjà vu (d’un jour à l’autre 259) :

« La pratique authentique est au delà d’essayer.

C’est lâcher prise, lâcher prise, lâcher prise.

Détendu, spacieux, ouvert, mais complètement conscient.

C’est le véritable effort.

Le véritable effort est d’être sans effort. »

 

         Être sans effort c’est être disponibilité sans limite à ce qui est. Çà n’a rien à voir avec la passivité. Ainsi, quand m’engageant sur une voie, je commence à m’efforcer de dire oui à la vie, en fait sous les traits d’un moi « prenant une décision », c’est simplement « le signe avant-coureur » que le « Oui » en « moi » m’appelle, et si cet appel est entendu (heureux ceux qui ont des oreilles pour entendre), alors le « voir » (heureux ceux qui ont des yeux pour voir), dont nous parlons souvent, est donné, et l’aspiration au oui  se transforme en l’aspiration du oui en lequel « moi » se laisse aspirer, non par vouloir, mais par amour, comme l’amant(e) s’efface devant l’aspiration créées par l’aimé(e). Cet effacement n’est pas le résultat d’un moi combattant contre,  mais l’embrasement d’une conscience jusque dans les recoins les plus durs et obscurs du moi. Alors ce qui ne peut brûler fond, principalement dans l’épreuve, non comme en « enfer », mais dans l’embrasement du cœur s’ouvrant de lui-même et sans autre choix, à l’au-delà du moi.

         Alors commence la croissance du « voir » :

« […]nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles; […] »

 

         Il s’agit bien de croissance – au sens végétal – car là encore, ce regard « tourné au-dedans » n’est le fait de personne et s’alimente lui-même dès que l’homme lui en donne l’autorisation. Ces retrouvailles avec le non visible ont toujours été indiquées comme le véritable point de départ du cheminement spirituel, « Cela » qui, avec notre autorisation, nous ramène chez nous. S’Il est nommé non visible, ce n’est pas qu’il n’est rien mais que nous sommes Lui ; Le sujet EST, seul l’objet peut être vu.

 

         Ainsi Löpon Tezin Namdak :

Afin de connaître clairement l’état naturel, vous devez retourner le regard sur vos pensées. Lorsque vous pratiquez ainsi, vous réalisez qu’à la fois celui qui regarde et l’objet qui est regardé disparaissent simultanément.

 Si vous observez attentivement ce qui se passe à cet instant, vous verrez qu’en vérité, vous ne pouvez absolument rien trouver. Il n’y a rien là.

Cependant vous ne tombez pas dans un état d’inconscience. Au contraire, si vous regardez très attentivement, vous allez voir que cet état est plutôt clair et lumineux. Il est impossible de le décrire car il transcende toute description et parce que le langage est fondamentalement conditionné.

 Cet état est au-delà des définitions et au-delà de la saisie mentale. Calme, il est parfaitement conscient de lui-même car lorsque vous demeurez dans un tel état, vous réalisez que vous êtes dans votre monde originel ou votre état primordial lui-même. Vous devez vérifier cela très souvent et vous familiariser avec cela aussi fréquemment que possible.

 Lorsque vous vous serez familiarisé avec cet état et que vous l’aurez cultivé encore et encore, sans aucun artifice, votre expérience de cet état va devenir de plus en plus stable […] »

       Lorsque « celui qui regarde et l’objet qui est regardé disparaissent simultanément » nous sommes « la vision », ni l’observateur, ni le vu. Nous sommes « Cela », même et un « Je » en tout objet manifesté.  Il reste alors à « cultiver cet état encore et encore ».

         J’ai parfois lu une certaine critique des voies qui demandent vingt ans et plus de préparation et d’ascèse pour atteindre l’éveil, quand éveil il y a, alors que notre état primordial se révèle assez facilement, et beaucoup en témoignent aujourd’hui. Cette critique repose sur une absence de vision profonde engendrant une confusion entre révélation de notre état primordial et Éveil.

         C’est la raison pour laquelle je parle toujours d’éveil ordinaire (le « petit satori » de la tradition zen). Tant croient qu’ils sont éveillés, alors que cet état n’est pas encore stable, qu’il peut être recouvert par la souffrance, la peur, des conditions ressenties comme particulièrement menaçantes. C’est bien dommage, car ce petit satori est une vraie grâce dans la mesure même où il est vu pour ce qu’il est : la possibilité de marcher sur le terrain solide du « voir ». Autrement il devient l’illusion sur soi-même et l’arrêt de tout cheminement.

         Lorsque l’état primordial se révèle, c’est comme un arbre posé sur le vide. Il reste à traverser. Dans cette traversée, peu à peu celui qui traverse et le but à atteindre disparaissent au fur et à mesure que le sujet retourne à lui-même. Il est ressenti alors que le « vide », c’est-à-dire l’absence d’objet et l’impossibilité d’observer un sujet, est la nature même du sujet et qu’il n’y a de traversée que dans la séparation d’avec Soi-même.

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 Belle semaine

 François

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