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Archive for the ‘Nouvelles’ Category

Nous n’avons jamais rencontré des situations mais seulement nos vécus.

Pour cette raison notre mémoire se compose de nos vécus, pas des situations rencontrées.

Nos vécus sont le fruit de l’identification de notre conscience à ses perçus : corps, sensations, émotions, concepts, croyances, situations rencontrées. Le zoom de la conscience sur le perçu, ressenti, conceptualisé, sur les situations rencontrées, aboutit à l’identification de La Conscience ; ce zoom est ce que je ressens comme étant ce qui est appelé « l’ego », le moi ; il transforme La Conscience en ma conscience ; alors la perception « moi identité » apparaît, et cette identité moi ne peut survivre qu’en se nourrissant des vécus personnels qu’elle crée en transformant « ce qui arrive » en « ce qui m’arrive ».

« Tout arrive ; et vous saurez que vous n’êtes que l’observateur de ce qui arrive.»

Nisargadatta Maharaj

Ces vécus personnels créent le temps – passé, futur – et nous excluent de l’instant. Moi ne veut pas de l’instant, car au cœur de l’instant il n’y a que ce qui est rencontré, sans personne pour le rencontrer. Au cœur de l’instant il n’y a aucun vécu personnel, seulement la vie qui vit. « Moi » disparaît, et « Je » se dit, Un et unique, au coeur  des formes multiples. Seul ce « Je » aime car il est chaque chose manifestée, non en tant que forme, mais en tant qu’identité « Je » Une et même en toutes. Il n’y a pas d’autre chemin vers la Paix.

Retrouver ce « Je », le goûter, est le commencement du chemin, alors même que moi plastronne encore et nous fait « manquer la cible »  selon le terme araméen qui a été traduit par péché.

Heureusement « Moi » est semblable à une porte. La porte ouvre vers l’extérieur pour faire entrer et accueillir et nous permettre de sortir, nous donner la possibilité de quitter notre chez-nous, d’y revenir, ou encore de se fermer à double tours pour nous y enfermer. Ainsi cette sensation « moi » devient ce que nous en faisons : soit la grâce de cette existence, soit la condamnation de cette existence. En cela est notre responsabilité, notre devoir de conscience.

Ce moi est donc aussi l’opportunité du repentir, mais de quel repentir s’agit-il ? Comme dit le père Le Saux :

« Le péché n’est pas ce qu’en font les moralistes. L’état de péché c’est d’être distant de Dieu.  »

         En Araméen, langue de Jésus, se repentir c’est retourner à la source, du mot Teshuvah : retour et réponse. Le repentir est donc le fait même de remonter à la source, en ce Je Suis où jamais moi ne fut. En ce Je Suis où « Avant qu’Abraham fut, Je Suis. »

Et même si « moi » ne retournera jamais à la source puisqu’il est cela même qui nous l’a fait quitter, bien avant qu’il nous ait totalement quitté, il peut devenir transparent à son origine. Cet instant est décrit ainsi dans un texte du bouddhisme tibétain :

« La voie du Dzogchen commence là où la plupart des chemins spirituels s’achèvent, par la vue de la nature de son esprit (Rigpa). Si un aperçu de cette nature, de cette vue, est obtenu, alors la voie, le chemin, peut commencer.

Rigpa est un état de présence claire et éveillée qui transcende l’esprit pensant ordinaire… Si l’étudiant reconnaît sur l’instant cette présence vide et lumineuse, sans aucun attachement ni concept, on peut alors parler de Rigpa. Cette reconnaissance de la vue, si fugace soit-elle, est indispensable au développement de la pratique, car sans savoir de quoi il s’agit, comment pourrait-on développer la présence de Rigpa ? La pratique ne vise en effet qu’un seul but : stabiliser la vue et augmenter le pouvoir de Rigpa afin qu’il imprègne progressivement tous nos actes ».

(La liberté naturelle de l’esprit de Longchenpa, Editions Points Sagesse).

 Et pour retrouver ce « Je » source, Nisargadatta Maharaj éclaire notre recherche :

« C’est en vous imaginant séparé que vous avez créé le fossé.
Vous n’avez pas à le traverser.
Il vous suffit de ne pas le créer. »

 En ce qui concerne nos actions pour porter la paix dans le monde il se contente de dire :

«Le chaos est le mouvement pour le mouvement. L’acte véritable ne déplace pas, il transforme. Un changement de lieu n’est que pur déplacement ; un changement dans le cœur est un acte. »

Nisargadatta Maharaj  dit aussi :

« Qu’avez-vous à vouloir sauver le monde quand tout ce dont il a besoin est d’être sauvé de vous ? »

 Et il partage aussi ce qu’il constate en lui-même, non comme étant lui-même, mais simplement comme étant :

« Être ouvert veut dire ne rien désirer d’autre. »

 « Une fois que vous avez réalisé que la route est le but et que vous êtes toujours sur la route, non pour atteindre un but mais pour jouir de sa beauté et de sa sagesse, la vie cesse d’être un devoir et elle devient naturelle et simple, une extase en soi. »

 « Pour aller au-delà du mental, il faut être silencieux et en paix. »

 «La conscience n’est pas une propriété privée, elle est universelle.

 En adoptant une identité séparée, on corrompt l’incorruptible. Voilà le péché originel. »

 Nisargadatta Maharaj

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Alison Balsom Bach Trio Sonata in C BWV 529 – YouTube

Belle semaine

François

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Heureuse année 2017 sur votre voie

« Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous.

[…] Parfois, au moment où on l’attendait le moins, quelqu’un s’agenouille soudain dans un recoin de mon être. Je suis en train de marcher dans la rue, ou en pleine conversation avec un ami. Et ce quelqu’un qui s’agenouille, c’est moi. Et ce « moi-même », cette couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l’appelle « Dieu ». « Hineinhorchen », « écouter au-dedans ». Ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l’essence et la profondeur de l’autre. Dieu écoute Dieu. ».

Etty Hillesum

Cet instant que décrit Etty Hillesum est l’aboutissement de toute une quête et son commencement. Ce vécu est tellement simple, et pourtant si rarement goûté. Non qu’il faille être saint, vertueux, un modèle religieux ; non, il faut simplement « recevoir l’effacement de ce qui affirme moi ». A cet instant « moi religieux, moi dans la multiplicité de ses masques, » laisse la place, laisse l’image sans en construire une autre. Il n’y a simplement plus rien… Alors la vie vit, et parmi toutes ces facettes en lesquelles le Un se dit dans les différentes formes et activités de notre existence unique, il y a la plus pure car la plus originelle, celle qui nous met sur le chemin du retour, le regard « Je Suis à Lui-même ». C’est l’ultime dualité qui nous propose, comme dans l’exode biblique, d’entreprendre le nôtre.

         Alors il est vu que le « redressez les chemins du Seigneur ! » de la Bible, ne peut se faire que si nous ne nous mettons pas en tête de les redresser par nous-même, mais comme Etty Hyllesum, de laisser la vie redresser les chemins que nous sommes nous, en tant que conscience identifiée, au lieu de nous mettre en tête de redresser les chemins de l’autre.

         Mireille Gounon dans les petits cailloux 253 terminait son commentaire ainsi :

         « Je vous souhaite…???? ce qui est, comme c’est, pour cette fin d’année… »

         Ainsi comme elle le dit si bien :

« Souhaitons-nous de vivre chaque instant comme « ce qui est » sans plus ni moins, en cette année 2017 »

         Belle année

         François

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Que nous apprend Noël ? Que donne à voir cette naissance de la Conscience à Elle-même ?

Etant peintre, la peinture est pour moi un enseignement.

Le tableau apparaît dans la conscience du peintre.

L’œil qui le regarde apparaître, être peint, les yeux qui le découvrent dans la salle d’exposition ne sont qu’un même œil.

Et cet œil, lui seul EST.

Ce qui apparaît semble se fixer sur la toile, pourtant l’image qui se fait, le peintre, les amateurs d’art et la salle d’exposition ne sont que la production de cet œil Unique.

Dommage que cet œil se perde dans ses propres images jusqu’à faire de chacune son identité, car perdant le Un qu’Il Est, Il s’oppose ou se dévore dans chaque fragment qu’Il croit être devenu.

L’opposition crée la souffrance.

La souffrance crée la quête du Un.

Noël

« Si le Christ ne naît pas de ton cœur, Il pourrait naître mille fois à Bethléem, cela ne sert à rien ».

Angelus Silesius décembre 1624- 9 juillet 1677

*

“ Que cette naissance se produise toujours, à quoi cela me sert-il si elle ne se produit pas en moi ? Qu’elle se produise en moi, c’est cela qui importe. »

Saint Augustin 13 novembre 354-28 août 430

*

« A présent, observez cette naissance : où se produit-elle? Je dis que cette naissance éternelle se produit dans l’âme de l’exacte manière où elle se produit dans l’éternité : ni plus ni moins. Car c’est cette unique naissance, et elle se produit dans l’essence et dans le fond de l’âme. »

Maitre Eckhart 1260- 1328

*

 « […] Et si certaines personnes se troublent en leur prière de ne pouvoir plus ainsi nommer Dieu, si elles croient que Dieu leur échappe une fois qu’elles ne peuvent plus le penser, n’est-ce pas plutôt qu’elles ont peur de s’échapper à elles-mêmes, comme si, hors ce Dieu de leur conception, elles perdaient leur identité ? »

« S’il y a Dieu, je ne suis pas
S’il y a moi comment Dieu pourrait-il être ? »  

Henri Le Saux 1910-1973

*

 Et pour nous donner une chance de vivre cette naissance, Carl Gustave Jung

26 juillet 1875- 6 juin 1961

constate :

« Celui qui regarde dehors rêve, celui qui regarde à l’intérieur s’éveille. »

*

 Henri Le Saux partage ainsi ses découvertes intérieures :

 « La religion, ou plutôt telle religion donnée,
ne lie jamais qu’à un certain niveau de conscience. »

 « En révélant le secret de son être,
Jésus a révélé le secret de chaque être. »

« Le Christ est l’homme qui est totalement éveillé […], et en cela même il est Dieu.
En cela même il est l’Éveilleur par excellence. »

« On ne peut pas plus penser Dieu que l’on ne peut se penser soi-même. Se penser, c’est se perdre, c’est prendre pour soi une image réflexe et construite. »

« L‘expérience de l’Absolu dont témoigne si puissamment la tradition mystique de l’Inde est comprise en sa plénitude dans le  » Moi et le Père nous sommes Un  » – de Jésus.»

« Tant que Dieu est considéré d’un côté et la créature de l’autre, il n’y a pas d’issue. Nul n’est autre à Dieu. Autrement Dieu n’est pas Dieu, il n’est pas de Dieu, rien n’est, l’être n’est pas. »

« Je ne dis pas que l’homme est Dieu ni que Dieu soit l’homme ;
mais je nie que l’homme plus Dieu, cela fasse deux.»

         Moray West, boy soprano, sings Bist Du Bei Mir – YouTube

Belle semaine

François

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« Connais-toi toi-même et là où tu te trouves, abandonnes – toi.»

                                                                                       Maître Eckhart

          « Connais-toi toi-même »

          Jusque là, une telle proposition ne pose pas trop de réticence. Bien que… à bien y réfléchir oui mais…Jusqu’où ?

En effet tout l’enjeu est là, et si nous sommes prêt à nous intéresser à nous-même, plus la surface est quittée, plus la découverte devient dérangeante. Mais enfin, si en son début cette démarche est forcément celle d’un moi en quête de moi, elle peut aussi un jour prendre « moi » au mot et lui faire quitter la surface, à son plus grand désarroi, souvent en le confrontant à des évènements particulièrement difficiles pour lui !

Tout commence avec ce verbe « connaître » qu’à l’école on nous fait utiliser comme synonyme de savoir, avec le mot connaissance appris comme synonyme de savoir. Donc en toute bonne fois nous commençons cette enquête comme une accumulation de connaissances, de savoirs, sur moi : la filature de moi de causes en effets. Et notre histoire s’étend, se précise, et pourvu qu’elle vienne s’enrichir d’autres vies… alors là c’est la cerise sur le gâteau !

Ainsi moi tente de se rapprocher de ce qu’il aurait aimé manifester, trouve les méchants de sa vie auxquels parfois il accorde son pardon… alors, dans ce cas, la vie devient plus heureuse, le cœur commence à s’ouvrir. Et si l’âme (le psychisme) est suffisamment mûre, alors la saveur de ce mot connaître commence à sourdre, comme l’eau au cœur d’une terre aride. Un goût nouveau s’éveille au cœur de notre cœur. Le « connaître » se révèle en une « naissance avec une profondeur que nous sommes » mais que nous ne connaissions pas.

Parfois le connais-toi toi-même s’arrête en ce goût déjà si différent de ce que nous connaissions.

Parfois survient au cœur même de l’âme un au-delà de ce goût, l’appel que maître Eckart définit ainsi :

« […] et là où tu te trouves, abandonnes – toi.»

          Cet appel n’est pas un choix, comme l’est le « connais-toi toi-même ».

C’est la survenue d’un goût autre décrit comme le retour momentané à l’être, au Je Suis, au « Vide de moi » et pourtant « Je ». Ce « Je », totalement « Je » que nous avons manifesté dès notre naissance, ce « Je » qui est devenu témoin de notre corps et de notre psychisme d’enfant, Ce « Je » devenu peu à peu « moi », peu à peu englué, identifié,  mêlé, puis fusionné à notre corps et à notre psychisme de jeune enfant, d’adolescent, d’homme mûr (terme générique : homme ou femme), puis âgé.

Cette saveur du « Je originel », chacun la rencontre un jour, très peu la reconnaissent, encore moins nombreux sont ceux qui en font le fil d’Ariane qu’ils ne lâcheront plus, reconnaissant sur-le-champ comme le dit T.S. Elliot, qu’ils sont revenus pendant un bref instant en ce lieu qu’ils n’ont jamais quitté et qu’ils reconnaissent pour la première fois. Et s’ils le reconnaissent, s’ils re -naissent à ce « Je » dans l’instant, ils voient alors ce qui les en exclut : tout ce qui nourrit et fait perdurer la sensation moi, cette peau de substitution devenue notre peau telle un pansement collé sur la plaie, peau de substitution en grande partie donnée par le monde des hommes.

Alors le « […] abandonnes-toi » résonne et le chemin commence dans le quitter « le penser je suis ceci cela » , dans la lente découverte d’un « voir » qui ne donne pas à « voir » mais à être « Cela » en quoi tout est vu, tout est perçu, tout est ressenti, tout est conceptualisé.

Alors ce « Je » que nous sommes commence à s’entendre et se voir en tant qu’un « Je » même et unique en tout objet manifesté.

Alors ce « Je » devient la basse continue sur laquelle bougent les notes variées du manifestée.

Alors il est vu que la Paix ne viendra ni en nous, ni dans le monde, tant que le « Je » de l’autre ne sera pas entendu comme son propre « Je », dans l’enchantement de la diversité.

Cuncordu e Tenore de Orosei – Ballu Brincu, Dillu e Turturinu – Y

Heureux Noël à tous et à toutes quelle que soit votre voie. Noël est une des formes qui pointent la naissance de ce qui est retrouvé quand l’homme se quitte, et combien cette naissance demande qu’on en prenne soin.

François

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Aimez toutes les créatures, quelles que soient leur religion, leur race ou leurs opinions !

Chacun est à sa place où Dieu l’a mis et il ne nous appartient pas d’en juger.

 

Quand l’amour habite le cœur, plus rien ne paraît difficile et on tire profit de tout ce qui arrive. Ceci provient du fait que, grâce à l’amour, le voile qui nous sépare de la réalité devient de plus en plus ténu, on éprouve alors une joie profonde du fait de cette proximité et on est envahi par la perception de la beauté.

 

Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi, Madagh 1922, guide spirituel de la Tariqa Qadirriyya Boutchichiyya.

Islam, Soufisme.

۞

         Voici le genre de paroles qui fait bondir toutes celles et ceux qui veulent changer le monde. Ces paroles nous les retrouvons pourtant dans toutes les religions, dans toutes les traditions. Il est en effet facile d’en tirer la déduction qu’elles n’ont pour seuls raison et but que d’asservir l’humain.

         Pourtant, une vue plus intérieure ne fait pas entendre le même chant, ne donne pas à voir « du même endroit ».

         Sur le plan moral, certes :

         « Aimez toutes les créatures, quelles que soient leur religion, leur race ou leurs opinions ! »

 

ne prête guère le flan à la critique. Mais une fois que nous nous sommes rassasiés de bons sentiments, le « oui mais il y a quand même des limites » arrive bien vite.

         Et voici le museau « inoffensif » du serpent du paradis d’Adam et Eve qui pointe son nez dans un bon sourire et sentiment fraternel…

         En fait une telle parole n’a rien de moral. Elle pointe un vécu afin de me faire découvrir le mien. Elle n’est donc pas là pour être prêchée, mais pour devenir la lampe qui éclaire mon monde, qui me montre comment ça fonctionne en moi, pour éclairer les ténèbres dans lesquelles je me trouve, non pour me culpabiliser, non pour me demander d’expier, non, juste pour me permettre de les voir, ces ténèbres ; l’image de la lampe qui éclaire les ténèbres est souvent vue à partir de l’expérience concrète : je suis dans le noir, j’allume la lampe, le noir disparaît. La lumière de cette parole n’a pas pour fonction de dissiper les ténèbres ; elle a pour fonction de me les rendre visibles afin que je sache où j’habite pour l’instant. Afin qu’une telle parole ne devienne pas bonne conscience m’aveuglant sur moi-même, me laissant comme Nasreddine donnant l’image de quelqu’un qui cherche ses pièces de monnaies perdues, alors qu’en fait, il ne fait que se fuir :

         « Les amis de Nasredddine passant devant sa maison le voient chercher quelque chose dans son jardin.

         « Que fais-tu Nasreddine ?

         « J’ai perdu des pièces de monnaie » 

         « Nous allons t’aider »

         Et tous de chercher.

         Après un long moment, l’un d’entre eux lui demande :

         « Dis-moi, Nasreddine, ces pièces, tu les a perdu dans ton jardin ? »

         « Oh Non ! Je les ai perdu dans ma cave, mais il y fait si noir ! »

         C’est absurde, bien sûr, comme toutes les paroles de sagesses de Nasreddin, pourtant c’est ainsi que nous faisons quand nous rencontrons les paroles d’un(e) éveillé(e). Rarement elles jouent leur fonction de révélateur. Elles sont la lumière qui éclaire nos ténèbres, mais nous, nous nous contentons d’être ébloui afin de ne pas être révélé.

         A quoi sert donc que nos ténèbres soient éclairées ?

         Afin que cette parole :

         « Aimez toutes les créatures, quelles que soient leur religion, leur race ou leurs opinions ! »

         nous révèle à nous même, alors sa lumière ne nous éblouie pas, car elle éclaire ce qui en nous

         « n’aime pas toutes les créatures, encore moins leur race, leur religion, et leurs opinions ». 

         Aucun trémolo émotionnel facile et stérile ne vient perturber la vision du cœur. Notre regard ne se tourne pas vers, mais se retourne sur lui-même, sans culpabilité, sans le bruit assourdissant de la « bonne conscience » défendant son image ; simplement dans la gratitude de voir.

         Ouvert au « voir », nous goûtons la nature de ces ténèbres, nous entrons en connaissances d’elle, ce qui est à l’opposé d’une perception morale. Entrant en connaissance de ce qu’elles sont, de ce noyau « moi », nous entrons dans la nuit de l’existence non durable, de l’impermanence. Au point culminant de cette nuit, comme au sortir d’une sombre nuit, nous découvrons « Cela »,  cette lumière/espace que nous sommes, lumière/espace source de tous les « je » qui se disent à travers le manifesté, Cela » en lequel nuits et jours nous apparaissent. Et cette découverte nous donne alors à voir le mouvement qui nous a fait revenir à elle, à ce que nous sommes ; elle nous donne à voir le zoom arrière de la conscience. Dès cet instant nous goûtons l’identification comme un zoom avant vers le perçu faisant passer de « La » Conscience à « ma » conscience, et en revenant à nous, nous entrons en connaissance du mouvement inverse, ce zoom arrière de « ma » conscience à « La » Conscience. Nous apparaît alors que nous croyions être l’objet « moi » que nous percevions tandis que dans l’instant même notre être-sujet se révèle.

         Et la pratique commence, demandant inlassablement d’être présent à ce zoom avant, de goûter l’amertume de ses fruits, amertume, qui, si elle est vraiment goûtée, provoque « le retourner en un zoom arrière à ce sujet que nous sommes dans l’absence de tout objet ».

         Ce que Jung décrit ainsi :

         « Mon âme,  il faut que tu saches une chose, il y a une chose que j’ai apprise : que l’on doit vivre cette vie. Cette vie est le chemin. Le chemin que l’on cherche depuis si longtemps qui mène à l’inconcevable que nous qualifions de divin. Il n’y a pas d’autre chemin. […] mon âme c’est avec toi que je veux cheminer et monter jusqu’à ma solitude. »

         Carl Gustave Jung 

۞

« Chacun est à sa place où Dieu l’a mis et il ne nous appartient pas d’en juger. »

         Faut-il en conclure que l’action n’est pas permise ? Certainement pas. Mais pour agir, encore faut-il avoir enlevé la poutre de notre œil, faut-il encore entendre ce que dit Wang Fanzhi 590-660 :

« Si tu veux affranchir les vivants,

Commence donc par t’affranchir toi-même. »

 

         Le monde que nous voyons aujourd’hui est le fruit de celles et ceux qui veulent affranchir les vivants alors même qu’ils ne se sont pas affranchis d’eux-mêmes. Et chacun y va de sa certitude et de sa brutalité, plus ou moins visible, mais toujours présente.

         Et puisque nous sommes dans ce monde, pesons démocratiquement selon nos convictions, mais avant tout, travaillons à nous affranchir de nous même. Le monde est juste malade de ce que chacun croit avoir raison et s’évertue à faire le monde conforme à son monde.

« Quand l’amour habite le cœur, plus rien ne paraît difficile et on tire profit de tout ce qui arrive. Ceci provient du fait que, grâce à l’amour, le voile qui nous sépare de la réalité devient de plus en plus ténu, on éprouve alors une joie profonde du fait de cette proximité et on est envahi par la perception de la beauté. »

 

         A nouveau il nous est montré ce qui, en nous, doit être retrouvé : l’amour. Mais pas l’amour qui aime ceci et n’aime pas cela, pas l’amour à partir d’un centre qui aime un objet séparé. Non, simplement l’amour. L’amour qui, pareil au soleil, brille en lui-même. Il ne s’agit plus d’aimer, mais d’être amour.

         Ce texte est donc précieux car il oriente notre pratique. Il nous donne la clé permettant d’ouvrir le cœur à  toutes les créatures, quelles que soient leur religion, leur race ou leurs opinions.

         Il nous informe que l’amour n’est pas une vertu, et que tant qu’il sera vécu ainsi il n’aimera « que ce qu’il aime et au mieux tentera d’aimer ce qu’il veut aimer ». L’amour est ce que nous sommes quand nous sommes revenu chez nous. Cet amour là ne s’acquiert pas, puisqu’il est simplement recouvert de « j’aime, je n’aime pas ».

         Ce qui nous montre le chemin pour rentrer chez nous, c’est la friction que provoque l’autre dans sa différence, friction qui nous enflamme si nous trouvons en lui ce que nous aimons, friction qui nous hérisse tous crocs dehors si nous trouvons, en lui, tout ce que nous n’aimons pas. Cette friction nous révèle, nous montre ce qui, en nous s’est séparé de ce dont témoigne Ibn Arabi, et que nous sommes, chacun, chacune :

« […] Ma place est sans place, une trace sans trace. Ni corps ni âme. J’appartiens à l’être aimé. J’ai vu les deux mondes comme un, et ce monde, je l’appelle, et le connais, premier, dernier, dehors, dedans,

Seulement ce souffle qui anime l’humain. »

Rumi

         Alors laissons ce souffle animer l’humain, cliquez sur ce lien :

          NOMADIC VOICES – SARDINIA/MONGOLIA – « DILLU » – YouTu

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         Je souhaite vous dire que vos commentaires, votre vision, m’aide sur mon propre chemin et approfondit la mienne.

         Aussi, aujourd’hui je partage avec vous, avec l’accord de Jean-Marie, l’échange par mail que nous avons eu, Jean-Marie et moi, après qu’il ait posté ce poème sur le petit cailloux 251:

« Avant que le Ciel ne m’ait donné vie,
j’étais dans l’obscurité sans conscience ;
Le Ciel soudain m’a donné naissance ;
il me l’a donnée pour quoi faire ?
Sans habit, je ressens le froid ;
sans nourriture, j’éprouve la faim ;
Rendez-moi mon moi du Ciel,
rendez-moi le moi d’avant de naître ! »

Wang Fanzhi (590-660)

Et il ajoute :

         « Ce poème n’est pas un commentaire à proprement parler de l’article.
Mais je l’ai découvert presque en même temps… »

         Ce qui m’a amené à lui écrire ce mail.

         « Magnifique poème partagé. La seule chose que je ressens aujourd’hui et qui me le ferait écrire différemment c’est que : « c’est moi qui ait quitté le ciel que j’étais en lequel :

Je fus avant de sortir de Dieu
Aussi nue que lui est, lui qui est,
Oui, aussi nue que j’étais lorsque j’étais
Celui qui n’était pas. »

 

Selon le témoignage si touchant de Marguerite Porete, ou la Porette, femme de lettres mystique et chrétienne du courant des béguines, née vers 1250, brûlée vive le 1ᵉʳ juin 1310 pour avoir écrit son livre :

« Le Miroir des âmes simples »

dont ce témoignage est extrait.

            Et Jean-Marie m’a répondu :

         « Je suis d’accord avec ces nuances – radicales –  que tu apportes:

Quelle est ma part de « responsabilité » dans cette incarnation présente?

Est-elle la « création » de mon vouloir devant l’infinie Mansuétude ?

« C’est moi qui ai quitté le Ciel que j’étais… »

         Là est toute la question. Et c’est à chacun de ressentir en lui, en elle, « comment ça raisonne et ça résonne » aux deux sens de ce terme.

         Dans le « bonheur et l’instant » j’ai repris longuement « la chute d’Adam et Eve » (en dehors de toute vision sexiste qui ne renvoie qu’aux difficultés personnelles de ceux qui en sont les auteurs). Le goût de ce mythe ne cesse de se préciser et dévoile, pour moi, admirablement et de façon allusive, cette question.

         Oui, il y a bien responsabilité, mais de « qui » ?

         Ce « qui » est ce qui empêche de passer au-delà de la raison raisonnante car il est ce « point de départ » qui se ressent en tant que « moi ». « Qui » fermera toujours l’accès au « ciel » dont Jean-Marie parle si bien dans son commentaire du petit cailloux 250.

         « Moi » n’est pas, et ne peut être responsable puisqu’il est conséquence, actualisation d’un mouvement d’appropriation de la Conscience dans son stade final. Mais à bien y regarder, pourtant,

         « Il y a bien responsabilité ».

         En terminant ce petit cailloux je me disais :

         « Comment écrire ce que m’évoque avec tant de force : « Il y a bien responsabilité »

         Et j’ai eu envie d’aller voir ce « Wang Fuzhi » que je ne connaissais pas.

         Les poèmes découverts décrivent ce que je ressens lorsque j’écris « Il y a bien responsabilité ». Nous cherchons toujours la responsabilité dans une origine « moi » que nous ressentons être cet organisme que nous incarnons, alors qu’en fait, « moi » n’est que la conséquence d’un mouvement de la conscience vers un organisme corps psychisme spécifique répondant à notre nom. Ce mouvement culmine dans l’identification, la fusion conscience/organisme donnant naissance à la sensation « ce corps, ces pensées, ces sensations, ces émotions, c’est mon identité ». Ainsi, «moi » ne peut être responsable ; il est simple conséquence, mouvement d’une Conscience Unique fusionnant dans des myriades d’images, s’y perdant jusqu’à se décentrer en elles en y faisant le nid d’identités multiples. Ainsi « moi » est on ne peut plus impersonnel, et l’identité de chacun est celle de l’acteur qui se prend pour le personnage qu’il joue. Pour cette raison, s’il joue le rôle d’un assassin, il ne peut qu’assassiner, et s’il joue un brave homme, il ne peut qu’être un brave homme. La responsabilité ne se trouve donc pas dans le personnage (sinon la responsabilité juridique), mais dans le fait de se prendre pour ce personnage et de défendre « ma » vie durant cette sensation « moi untel » sans me poser de question. Et tant que je ne mettrai pas en question cette identité « moi », je ne pourrai qu’actualiser « mon » incarnation, qu’elle soit aimante ou haineuse. Mais je ne serai jamais simplement Amour. L’identité « moi » occulte la possibilité même d’un « voir », et chaque être humain nourrit « ce voile occultant » par l’engraissement d’un « mental » qu’il idolâtre en en faisant son identité. « Moi » n’aimera jamais. Un jour cela est vu et le chemin commence.

         Toute la responsabilité réside donc uniquement dans la volonté que nous mettons à tourner résolument le dos au « voir » que partage Wang Fuzhi dans les poèmes ci-dessous :

Les poèmes ci-dessous sont extraits du livre :

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Nous voyons des images qui reflètent le néant

Nous regardons des corps qui ne sont que du vide.

C’est cueillir la lune au fond de l’eau

C’est attraper le vent au bout des nuages.

C’est saisir l’invisible,

C’est chercher l’inatteignable.

Les existences suivent leurs destinées,

Elles ne sont que les rêves qui parcourent le sommeil.

 

*

 

Un cœur qui comprend est proche d’un cœur vide,

Il n’est pas enfermé dans le creux d’un squelette.

Si face à ce fait tu ne comprends toujours pas,

Peu importe que ta mère s’appelle intelligence.

 

*

 

Le corps ressemble à une auberge

Et le destin au voyageur qui passe.

Le voyageur parti, l’auberge est vide ;

Si vous le comprenez qui reste à l’intérieur ?

 

*

S’il faut partir, eh bien partons,

S’il faut rester, eh bien restons,

Revêtu d’une robe rapiécée, chaussé de chaussettes reprisées.

Des paroles, et encore des mots,

Voilà d’où viennent les erreurs.

Si tu veux affranchir les vivants,

Commence donc par t’affranchir toi-même.

Wang Fanzhi 590-660.

         Belle semaine

         François

 

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         « Le destin conduit celui qui accepte ;

         celui qui refuse, il le traîne. » 


Sénèque

 

         Comment reçoit-on une telle parole ?

         Devant tout ce que nous rencontrons, c’est la première question qui doit venir en notre conscience. On nous a tellement appris à recevoir « en fonction de l’auteur ». Et si c’est Sénèque… alors on ne peut qu’être d’accord ou pas selon l’estime qu’on lui porte ou non ! On nous a tellement appris à comprendre au lieu de ressentir.

         Pourtant tout ce que nous rencontrons n’est pas là pour attirer notre adhésion programmée ou notre refus programmé. Chaque chose apparaît pour nous, je dirais : « chaque chose nous appelle par notre nom » afin de nous faire entrer en connaissance de cet organisme et de ses fonctionnements, certitudes, pensées etc. Chaque chose apparaît non pour nous juger, nous donner satisfecit ou condamnation, non, chaque chose rencontrée – situation, personne, beau ou mauvais temps- apparaît pour nous révéler. Exactement comme le révélateur fait apparaître ce qui a été impressionné sur le papier photo mais qui est demeuré jusqu’à cet instant non connu car non visible.

         Alors avant de s’exclamer :

         « Oh ! Génial ! » si notre vie est pour l’instant ensoleillée

         Ou

         « Bon Dieu, quel con ! » si notre vie est lourde et difficile

         goûtons la saveur qu’une telle parole fait naître en nous. Acceptons-nous (demeurons-nous ouvert envers et « avec » tout) ? Ou nous fermons-nous comme une huître ?

         Et surtout le voyons-nous, ou sommes-nous dans le déni ?

         Comment comprendre ce mot « accepter » ?

         Si je suis follement amoureux est-ce que j’accepte mon destin –Suis-je ouvert et libre ? – ou mon destin me traîne-t-il ?

         Souvent nous croyons que nous acceptons l’heureux – que nous sommes ouvert à l’heureux alors qu’en fait l’heureux nous ouvre comme, l’huître fermée, le couteau. Quel vécu se cache derrière le mot ouverture ? Quel est le goût de l’ouverture ?

         Si nous ressentons la nature de l’ouverture nous découvrons qu’elle est un espace disponible, comme une porte ouverte permet l’entrer ou le sortir, semblable au ciel accueille qui l’oiseau magnifique comme le bombardier assourdissant. Et quand l’oiseau magnifique disparaît, le ciel ne bouge pas, il est et demeure ouvert. Et quand l’avion se tait et se pose, le ciel ne bouge pas, il est et demeure ouverture et rien d’autre.

         Ainsi cette parole nous propose une pratique.

         Sénèque ne dit pas « « Le destin « malheureux » conduit celui qui accepte ; celui qui refuse, il le traîne. »

         Il dit juste : « « Le destin conduit celui qui accepte ; celui qui refuse, il le traîne. » 

 

         C’est un appel à l’ouverture, à l’au-delà du j’aime et je n’aime pas. C’est une pratique très simple et précise qui consiste à s’efforcer de vivre les mains ouvertes dans l’ouverture de ce qui vient et s’en va, dans le : « quitter le penser ». C’est un appel à vivre le réel, tel qu’il se présente à l’extérieur : ce qui arrive, tel qu’il se présente à l’intérieur : l’état (physique, mental, émotionnel) dans lequel je me trouve dans l’instant. L’ouverture est l’opposé de la maîtrise. Il est le « fiat voluntas tua ». C’est une ouverture qui n’attend pas « la possibilité de » pour être. Car avant d’être, elle est intension. L’intension sincère est le signe avant coureur de sa venue. À nous de demeurer dans l’intension afin que ce qu’elle porte advienne.

         Et vers quoi nous mène une telle pratique ?

 

         À pressentir l’aube d’un état qui nous est promis et chanté dans toutes les traditions : 

         Marguerite Porète, éveillée chrétienne dans la mouvance de maître Ekhart constate :

« Ne rien savoir, ne rien vouloir, ne rien avoir.
Cette âme voit sa propre lumière
Au point sublime où se fait l’union
Aussi se plaît-elle au plaisir de Celui
Auquel elle est unie.
Je fus avant de sortir de Dieu
Aussi nue que lui est, lui qui est,
Oui, aussi nue que j’étais lorsque j’étais
Celui qui n’était pas. »

 

         Al-Hallaj, soufi, constate lui aussi :

« Et maintenant je suis Toi-même, Ton existence c’est la mienne, et c’est aussi mon vouloir.»

 

         Ainsi également cette histoire :

         Aïcha, l’épouse du Prophète, ne le voyant pas venir un soir alors que c’était sa nuit, en était jalouse, croyant qu’il lui avait préféré une autre. Elle s’est mise à sa recherche et l’a trouvé en train de faire sa prière. Elle le vit rester prosterné un long moment et avait peur qu’il ne soit mort. Elle l’a alors touché à son orteil et a pu vérifier qu’il était bien vivant. Après avoir fini sa prière, le prophète lui a demandé qui elle était. « Aïcha », répondit-elle. « Et c’est qui, Aïcha ? », lui demanda-t-il ? « L’épouse de Mohamed, le prophète », s’exclama-t-elle. « Et qui est-ce Mohamed ? », s’interrogea-t-il alors…

 

         Quant à Ibn Arabi, que j’ai souvent cité en espérant qu’il inspirera notre temps, il témoigne de cette vision où tout est vu à partir du UN :

                                                       Mon cœur est devenu capable d’accueillir toute forme.        

 

Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !

Il est un temple pour idoles
Et la Ka’ba pour qui en fait le tour, 
Il est les tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !

La religion que je professe
Est celle de l’Amour.
Partout où ses montures se tournent
L’amour est ma religion et ma foi.

 

                                                                                                       Ibn Arabi

 

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         Belle semaine

         François

 

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