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Archive for the ‘Nouvelles’ Category

Ce que nous sommes.

 

Regarder vers, regarder au-dedans, être ou la naissance du « voir ».

Ces trois petites phrases sont l’actualisation de trois stades décrits dans le soufisme :

« Le chemin de l’éloignement, le chemin du retour, le chemin en Dieu »

۞

 

Le chemin de l’éloignement :

Il n’y a rien de péjoratif en ces termes, pas plus qu’il n’y aurait le « top du top » dans les termes ; « le chemin en Dieu »

Non, tout cela est simple constat, clarification de ce qui regarde, comprend, et non de ce qui est regardé.

Ce n’est pas non plus un enseignement destiné à être appris, c’est juste « un doigt qui montre la lune ». Et la lune, si elle est la destination, n’est pas le chemin qui y mène. Là encore bien des erreurs et des désillusions sur les multiples voies. Le chemin vers la lune c’est juste entrer en connaissance de ce qui est, ici et maintenant. Chaque constat ouvre la porte donnant accès à une vision plus « originelle ». Il ne s’agit pas d’atteindre ce que nous ne sommes pas, mais simplement de voir ce que nous sommes dans l’instant. Dès que nous entrons en connaissance de ce que nous sommes, ici et maintenant, cette connaissance nous fait naître (co-naître), non pas à un après, à un ailleurs, mais au goût de quelque chose que nous ne voyions pas avant, que nous ne connaissions même pas, un quelque chose en lequel et par lequel notre vie se déroulait mécaniquement. La souffrance subie et imposée à l’autre est la principale cause déclenchante de la mise en question de cette course hors d’haleine et aveugle sur ce chemin de l’éloignement. Ainsi, un jour, nous découvrons (quelque chose qui recouvrait s’enlève), par la grâce du chemin de l’éloignement, que notre regard est tourné vers l’extérieur. Cette découverte nous conduit à voir le manque informe, diffus, et omniprésent qui braque notre regard vers l’extérieur. La découverte de ce manque omniprésent, que notre vie soit considérée comme une réussite éblouissante ou un échec cinglant, tourne notre regard vers l’intérieur et nous ouvre l’accès à la porte du chemin du retour.

 

Le chemin du retour.

Il concerne la découverte de notre monde, non comme une référence, mais comme un non-connu, un quelque chose que nous n’avons jamais remis en question, un ensemble de certitudes, de situations, de jugements, d’attitudes, de façons de prendre, ou de rejeter, totalement programmé. C’est la découverte de ce qui compose « moi » et de la nature de « moi » : la mécanicité programmée et par là même imposée, quels que soient les « choix » que nous « faisons ». Ce regard tourné vers le dedans fouille l’oublié pourtant demeuré inscrit dans la conscience, mettant en lumière les situations telles qu’elles sont demeurées en nous à travers le vécu que nous en avons eu, et leur conséquence : l’obligation d’aimer, de haïr, d’être attiré, de rejeter, d’être un centre totalitaire jusque dans nos bons sentiments. Ce regard découvre comment ce moi s’est construit, comment il fonctionne, se nourrit lui-même, comment il se victimise, comment il opprime. Si ce regard est suffisamment vrai, il découvre la nature unique de ce que nous nommons amour et haine.

Et un jour, il voit que « moi » dans toutes ses facettes est non seulement une impasse, mais un leurre autant qu’une implacable machine à souffrance, à dévorer. Et dès qu’il connaît ce leurre et ses conséquences, cette connaissance le fait naître à ce qu’il EST.

Alors sa vue se décille un peu ; il ne voit plus le monde, ni son monde, du même œil. Comme pour Rainer Maria Rilke, le monde de la dualité s’effrite.

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« Peut-être tous les dragons de notre vie sont ils des princesses qui n’attendent que le moment de nous voir un jour beau et courageux. Peut être que toutes les choses qui font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent de nous le secours. Pourquoi voulez vous exclure de votre vie toute inquiétude, toute souffrance, toute mélancolie alors que vous ignorez leur travail en vous ? … »

             Rainer Maria Rilke. 

 

Et le chemin en Dieu commence.

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« Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y aura de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde d’ébullition. »

            Etty Hillesum septembre 1942.

 

            Ce défrichement n’est pas une action. C’est un laisser la place. Moi qui voulait, jugeait, condamnait, et croyait que le monde n’attendait que lui pour être sauvé, se trouve tout à coup objet au lieu d’être sujet. Au cœur de la conscience en laquelle il apparaît maintenant, la parole de Nisargadatta Maharaj :

« Qu’avez-vous à vouloir sauver le monde quand tout ce dont il a besoin est d’être sauvé de vous ? »

n’est plus simplement comprise mais connue, laissant le mental désarmé, muet et interdit. Plus rien à se mettre sous la dent. Le chemin en Dieu n’a plus rien de commun avec le chemin de l’éloignement ou du retour que nous connaissions, car il ne s’agit plus de faire ceci ou cela, mais de déjouer en nous, « celui » qui prétend faire, vouloir, savoir, et laisser enfin la vie, la nôtre, nous amener au « voir » et jouer le rôle qui est le sien :

nous ramener chez nous, comme dit T.S. Elliot

 « en ce lieu que nous n’avons jamais quitté et que nous reconnaissons pour la première fois ».

Alors ce que nous sommes se dévoile en tant que vacuité absolue, en laquelle tout apparaît comme une image dans un miroir parfait, parfaitement en lui-même en sa plénitude de miroir, absolument libre des objets qui viennent s’y refléter. En ce dévoilement le cheminement en Dieu commence.

Bonne semaine

François

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J’ai lu « Le bonheur et l’instant ».

Mais lire ici ne suffit pas, si l’on ne sait pas encore lire jusqu’au fond.

Le titre de ce livre est parfaitement prometteur.

Qui ne ressent un reliquat d’émotion ou d’envie dès lors qu’il est question de bonheur ?

Nous sommes des désirants infatigables, impénitents.

Et que ne contient pas ce mot : « instant » !

L’instant… Nous qui sommes aujourd’hui consommateurs assidus de l’instantané, de l’immédiateté. Toute notion de durée abolie.

Bien sûr, dans ce livre, le bonheur n’est pas, ne sera pas, de l’ordre du « bon hasard ». Ou le produit miraculeux d’une recette inédite.

Et l’instant recouvre de sa légèreté ineffable – de fait, combien de temps dure un instant ? – une exigence. Et une promesse.

Après avoir lu ce livre, j’éprouvais très fort l’acuité douce de cette exigence et, paradoxalement, l’amertume de la promesse.

L’instant – juste lui – si loin de nous au moment où il est.

Mais « Le bonheur et l’instant » est un livre utile. Un livre à relire. Ce que j’ai fait.

Un livre de chevet.

Un livre sans concessions même si son expression n’use d’aucune contrainte.

Des mots transparents, ai-je pensé.

Des phrases transparentes.

Je mesure aussitôt l’insuffisante précision du qualificatif. Translucides, peut-être mieux.

J’ai pensé : des phrases dont l’étoffe – la tessiture – flotte quelque part entre les grondements d’une abstraction de haut vol et la soie insaisissable d’un ciel limpide.

Le contenu du texte est une infime semence ; le message en paraît quelquefois hors de portée. Mais il a fait surgir dans ma mémoire ces vers de mon poète préféré : « Ce souvenir de Galilée est très petit / Il y avait l’eau et moi tout seul ».

Je relis « Le bonheur et l’instant » et il y a l’eau ; et il y a l’esseulement.

Et il y a cette saveur qui se fait jour d’un souvenir très petit.

Je me sens seul, esseulé. Tout seul au bord de la fontaine.

L’eau s’écoule et mon cœur bat. Je me tiens au milieu d’eux.

« Le bonheur et l’instant » est nourriture ; pain et eau ; manne sur le chemin.

Nourriture du cœur. Il sustente le devenir. Il l’accompagne. C’est un livre ami.

Ce livre n’appelle pas à penser. Ni même à ressentir. Il appelle seulement à voir.

Ce livre parle du voir. Mais le « voir » dont il s’agit n’est pas un verbe d’action. Ce « voir » n’a rien à voir avec le « regarder ». Ni même avec le « concevoir ».

Ce voir n’équivaut pas à un avoir.

Ni saisie, ni captation. Ni capture.

Ce livre parle de l’être. Mais c’est l’être sans attribut.

« Le bonheur et l’instant » promet l’absence heureuse de tout attribut et de tout complément.

Sans attribut, sans complément, je-moi se sent seul. Esseulé. (Pauvre moi…)

Ce n’est pas un livre de la fuite – dans la fiction ou le rêve, par exemple. Ni de l’idéalisation.

Non plus qu’un livre de l’ailleurs ou de l’évasion.

Mais l’outil –  le support – pour se poser et reposer dans l’ici et maintenant.

Le livre des heures, de la présence au présent.

Ce n’est pas le livre du passage ou du « passant ».

Ce n’est pas le livre des charmes de l’éphémère.

Mais c’est le livre de l’Ouvert.

C’est le livre tout d’humilité de l’éternité minuscule : l’instant.

C’est le livre de la dé-fusion et de l’esseulement essentiel.

C’est le livre de la dénudation. Du dénuement.

Dans la chambre lumineuse d’un fra Angelico.

Un livre qui se donne pour objet impalpable, l’Origine.

Un livre de l’Aube. Sur la saveur de l’aube. Lorsque l’aube advient en soi.

« Le bonheur et l’instant » est un livre complexe par son extrême simplicité.

Simplicité pareille au pur silex, au reflet d’eau pure du silex.

Il promet la mise à nu du vide que nous sommes ; de la vacuité qui est nôtre et que nous avons quittée – puis oubliée.

Il proclame dans le désert que comprendre n’est pas connaître.

Le « goût », le « voir », la « vacuité », l’ « être », la « conscience », le « mental »… Le lexique de ce livre demande un temps d’acclimatation. Non que nous ne connaissions pas ces mots pour nous en être souvent servis ; mais parce qu’ils dévoilent des réalités – le Réel – qui ne sauraient tomber sans se flétrir sous la maîtrise de la spéculation et les prouesses de l’intellect.

Ce sont des mots à convertir et ce sont des mots de conversion.

« Voyage de l’éloignement »… Voyage du retour, auquel nous sommes invités.

Alors la boucle se referme. Sur l’Amour.

Dans le sein de l’instant, « l’amour de moy [dit la chanson] s’y est enclose ».

L’unité de l’Un réintègre son logis.

« Et l’éternel instant se vit. »

Le bonheur et son Royaume : l’instant – ni amont, ni aval – le bonheur promis, le bonheur attendu, maintenant, tout de suite – toute notion de durée abolie – est l’état d’abandon du vouloir, du laisser-vivre la vie qui vit.

Depuis « Mal d’Ego », au fil de ses nombreuses publications, l’auteur actualise et approfondit son propos, convoquant de hautes figures de la spiritualité (Maître Eckhart, Henri Le Saux, Nisargadatta Maharaj, C. G. Jung…) ; s’attachant à dénouer signes et symboles, comme l’interprétation originale et pertinente qu’il nous donne du mythe biblique de l’Éden – point d’orgue assurément de ce dernier ouvrage –, qui devient accessible et riche d’un enseignement précieux et méconnu, pour celles et ceux qui cheminent en recherche de sens et de paix.

Jean-Marie Husson

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Document donné par Rory Nelson

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MT  18/20

         «Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »

          Cette parole de Jésus a souvent trouvée une résonance en mon cœur, chaque fois que je l’ai lue ou entendue. Il y a bien des années, je l’entendais comme elle se dit : « si vous vous réunissez au nom de Jésus, Jésus est au milieu de vous ». Pourtant, cette façon d’entendre me semblait sonner partiellement faux.

          Un jour cette parole s’est superposée à une autre parole de Jésus :

JEAN 17  :

         « Afin qu’ils soient un comme nous sommes un […] afin qu’ils soient parfaitement un »

          Cette parole est la clé, la pratique, et la vision de ce que la première pointe, comme « le doigt qui montre la lune ». Pour moi, la première démarche pour voir l’enseignement de cette parole rapportée par Mathieu, consiste à déterminer ce que ce nom « Jésus » représente pour moi. Est-ce l’homme historique ? Pourtant Jésus lui-même n’a jamais incité quiconque à adorer son image. Jésus a toujours dit avec force : « Je Suis et Toi aussi tu ES ».

         Ainsi  « Si deux ou trois se réunissent au cœur de « l’Étant » leur conscience retourne en son « centre » Je Suis.

         Et cela suppose aussi qu’en nous, tout ce qui existe (qui veut sortir de), soit accueilli sans en prendre livraison. Ce n’est pas un appel à un compromis intérieur entre tout ce qui s’affirme à hue et à dia. Cette tentative de compromis est, selon moi, vouée à l’échec pour la simple raison que même la part attirée par « Dieu » ne l’est que dans la séparation créature/créateur, et ne veut en aucun cas « Être Dieu en Dieu »  selon la belle formule de Maître Éckhart ; existant en tant que séparée de, elle ne peut que s’opposer à tout ce qui lui semble ne pas aller dans son sens.

         Mireille dans un commentaire aux petits cailloux 260 pointait une vraie question :

         Autre partage ! Quand ça lit la pratique, ça essaye de comprendre ce qui est écrit pour faire pareil….voilà tout le paradoxe, le dilemme omniprésent entre lire ce qui est écrit, sentir résonner la justesse de ce qui est proposé, et vouloir l’essayer pour soi…et pouf patapouf c’est déjà trop !!! le mental a tout récupéré Alors c’est pour qui pour quoi tous ces textes, tous ces livres, toutes ces vidéos, touts ces stages, conférences, retraites ???? Se condamner à être un éternel touriste vers, un idolâtre du chemin, un éternel insatisfait ?????la destination est là et il n’en veut pas !

Alors « soyez ouvert et tranquille, c’est tout. ce que vous cherchez est si proche de vous qu’il n’y a même pas la place d’un chemin « « la vérité que tu cherches ô ami, est toujours au-delà de toi même, C’est Elle qui t’attend et c’est Elle qui te guide. C’est Elle seule qui saura te rapprocher d’elle même »

        Si les retraites spirituelles ne portent pas tous les fruits attendus, la raison en est que la plupart du temps, c’est une partie de nous qui la fait, pendant que les autres aspects dorment ou sont mis en veilleuse. J’ai toujours eu la chance de vivre les voyages en Inde, ou les nombreuses retraites auprès d’Arnaud Desjardins, même au temps où je ne faisais que les envisager, comme un tsunami intérieur, un immense aller à reculons, rien d’attirant, seule la nécessité, et donc de m’y préparer, d’y aller, et de les vivre, dans la seule possibilité que j’avais alors : tout emporter dans cette démarche, et, comme le sapin sur lequel la neige s’accumule, plier, plier, espérant que la neige glisserait un jour. Cela a ouvert une possibilité de goûter, de connaître la saveur qui se cache derrière ces mots que je découvris plus tard chez Nisargadatta Maharaj : « ne pas prendre livraison ».

         Une retraite spirituelle n’est pas faite par « moi disciple ». Elle apparaît en tant qu’appel de ce que nous sommes : « Je Suis ». Et si cela est vu par chacun(e), les participants communient en ce qu’ils sont, ce n’est plus la rencontre de plusieurs « moi » mettant en commun une énergie vers, pour obtenir, c’est un espace vide qui se nourrit lui-même, dans la contemplation incarnée du « Je Suis au Je Suis ». Ce n’est plus une réunion d’individus, c’est le chant de personnes (per-sonnare), à travers lesquelles sonnent l’Origine dans ce retour à « il n’y a là personne ». Et si rien ne peut être la cause de ce retour, ce retour ne se fera pas si rien n’est fait.

         Belle semaine

François

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Que ton oui soit.

2 Corinthiens 1, 19

« Car le Fils de Dieu, le Christ Jésus, que nous avons prêché parmi vous, Sylvain, Timothée, et

moi, n’a pas été oui et non;

il n’y a eu que

oui en lui.

Nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles ; les choses visibles, en

effet, n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles. »

 

         « Le Christ Jésus […] n’a pas été oui et non Il n’y a eu que Oui en Lui ».

             Cette façon de décrire Jésus me parle et m’enseigne, car elle pointe la seule pratique « qui ne vient pas de l’homme » ; il n’est pas question de dire « oui » mais de laisser la place au « oui » en « moi ». C’est le Oui de Marie à l’ange. Et en cette pratique, toutes les voies se retrouvent, ainsi Jetsunma Tenzin Palmo comme nous l’avons déjà vu (d’un jour à l’autre 259) :

« La pratique authentique est au delà d’essayer.

C’est lâcher prise, lâcher prise, lâcher prise.

Détendu, spacieux, ouvert, mais complètement conscient.

C’est le véritable effort.

Le véritable effort est d’être sans effort. »

 

         Être sans effort c’est être disponibilité sans limite à ce qui est. Çà n’a rien à voir avec la passivité. Ainsi, quand m’engageant sur une voie, je commence à m’efforcer de dire oui à la vie, en fait sous les traits d’un moi « prenant une décision », c’est simplement « le signe avant-coureur » que le « Oui » en « moi » m’appelle, et si cet appel est entendu (heureux ceux qui ont des oreilles pour entendre), alors le « voir » (heureux ceux qui ont des yeux pour voir), dont nous parlons souvent, est donné, et l’aspiration au oui  se transforme en l’aspiration du oui en lequel « moi » se laisse aspirer, non par vouloir, mais par amour, comme l’amant(e) s’efface devant l’aspiration créées par l’aimé(e). Cet effacement n’est pas le résultat d’un moi combattant contre,  mais l’embrasement d’une conscience jusque dans les recoins les plus durs et obscurs du moi. Alors ce qui ne peut brûler fond, principalement dans l’épreuve, non comme en « enfer », mais dans l’embrasement du cœur s’ouvrant de lui-même et sans autre choix, à l’au-delà du moi.

         Alors commence la croissance du « voir » :

« […]nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles; […] »

 

         Il s’agit bien de croissance – au sens végétal – car là encore, ce regard « tourné au-dedans » n’est le fait de personne et s’alimente lui-même dès que l’homme lui en donne l’autorisation. Ces retrouvailles avec le non visible ont toujours été indiquées comme le véritable point de départ du cheminement spirituel, « Cela » qui, avec notre autorisation, nous ramène chez nous. S’Il est nommé non visible, ce n’est pas qu’il n’est rien mais que nous sommes Lui ; Le sujet EST, seul l’objet peut être vu.

 

         Ainsi Löpon Tezin Namdak :

Afin de connaître clairement l’état naturel, vous devez retourner le regard sur vos pensées. Lorsque vous pratiquez ainsi, vous réalisez qu’à la fois celui qui regarde et l’objet qui est regardé disparaissent simultanément.

 Si vous observez attentivement ce qui se passe à cet instant, vous verrez qu’en vérité, vous ne pouvez absolument rien trouver. Il n’y a rien là.

Cependant vous ne tombez pas dans un état d’inconscience. Au contraire, si vous regardez très attentivement, vous allez voir que cet état est plutôt clair et lumineux. Il est impossible de le décrire car il transcende toute description et parce que le langage est fondamentalement conditionné.

 Cet état est au-delà des définitions et au-delà de la saisie mentale. Calme, il est parfaitement conscient de lui-même car lorsque vous demeurez dans un tel état, vous réalisez que vous êtes dans votre monde originel ou votre état primordial lui-même. Vous devez vérifier cela très souvent et vous familiariser avec cela aussi fréquemment que possible.

 Lorsque vous vous serez familiarisé avec cet état et que vous l’aurez cultivé encore et encore, sans aucun artifice, votre expérience de cet état va devenir de plus en plus stable […] »

       Lorsque « celui qui regarde et l’objet qui est regardé disparaissent simultanément » nous sommes « la vision », ni l’observateur, ni le vu. Nous sommes « Cela », même et un « Je » en tout objet manifesté.  Il reste alors à « cultiver cet état encore et encore ».

         J’ai parfois lu une certaine critique des voies qui demandent vingt ans et plus de préparation et d’ascèse pour atteindre l’éveil, quand éveil il y a, alors que notre état primordial se révèle assez facilement, et beaucoup en témoignent aujourd’hui. Cette critique repose sur une absence de vision profonde engendrant une confusion entre révélation de notre état primordial et Éveil.

         C’est la raison pour laquelle je parle toujours d’éveil ordinaire (le « petit satori » de la tradition zen). Tant croient qu’ils sont éveillés, alors que cet état n’est pas encore stable, qu’il peut être recouvert par la souffrance, la peur, des conditions ressenties comme particulièrement menaçantes. C’est bien dommage, car ce petit satori est une vraie grâce dans la mesure même où il est vu pour ce qu’il est : la possibilité de marcher sur le terrain solide du « voir ». Autrement il devient l’illusion sur soi-même et l’arrêt de tout cheminement.

         Lorsque l’état primordial se révèle, c’est comme un arbre posé sur le vide. Il reste à traverser. Dans cette traversée, peu à peu celui qui traverse et le but à atteindre disparaissent au fur et à mesure que le sujet retourne à lui-même. Il est ressenti alors que le « vide », c’est-à-dire l’absence d’objet et l’impossibilité d’observer un sujet, est la nature même du sujet et qu’il n’y a de traversée que dans la séparation d’avec Soi-même.

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 Belle semaine

 François

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Une amie sur le chemin m’écrit :

«[…] Ces jours- ci une situation très concrète me fait vivre cette FUSION avec l’émotion. Dans ce cas c’est inquiétude, angoisse, PEUR, un mix de tout cela donc disons PEUR. En effet moi, ce moi devient peur à part entière, entraîné dans une spirale plus puissante que…??…je ne sais pas quoi. La conscience, ce qui perçoit le moi, ego, qui a/est peur, elle n’a pas peur et c’est bien de voir ça. Il me semble que parfois je commence à « voir, sentir, éprouver » cette conscience qui perçoit et qui reste toujours neutre.
Alors quand ça fusionne, quand moi est peur…quelle pratique…pour… quoi…je sais que dès qu’il y a une intention, un but, d’améliorer, d’être mieux, c’est PERDU et pourtant… Il y a comme écartèlement entre faire quelque chose, ne rien faire, juste observer….être présent à ce qui se vit là….et cette partie du mental qui se met à faire des concepts pour comprendre et qui complique tout…D’autant plus que je lis chez vous ou ailleurs qu’il s’agit d’investiguer, d’enquêter et du coup il me semble que d’entreprendre cela me fait glisser sur le versant mental ??[…] »

Je vois très bien ce que vous vivez quand « ça fusionne ». Et je partage ce que vous dites sur la « fusion » qui n’occulte pourtant pas le « voir » de cette partie la plus originelle de nous-même totalement impersonnelle, partie que nous sommes (Je Suis), et qui Elle, ne fusionne pas.

Alors quelle pratique ?

Dans ce cas, voilà ce que j’observe, et qui se fait en moi, je dirai « par nature » : D’un côté le petit moi qui se débat et se crispe comme le poisson ferré à l’hameçon, ivre de douleur et de peur, absorbé dans l’émotion, avec un seul but : rompre ce goût,  et un autre mouvement, qui lui, est dans l’ouverture, l’accueil, la tentative folle du vivre avec, au cœur duquel je me vois essayer, juste essayer, de me détendre et de m’ouvrir physiquement, émotionnellement, puis de laisser le coeur plonger de lui-même dans ce goût que le mot confiance pointe du doigt (un doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt -sentence zen !).

Je ressens profondément la vérité de l’enseignement de Jetsunma Tenzin Palmo, nonne du bouddhisme tibétain de la lignée Drukpa de l’école Kagyu :

« La pratique authentique est au delà d’essayer.

C’est lâcher prise, lâcher prise, lâcher prise.

Détendu, spacieux, ouvert, mais complètement conscient.

C’est le véritable effort.

Le véritable effort est d’être sans effort. »

         Arnaud Desjardins, dans les premiers séjours que j’ai fait auprès de lui, a donné cette image : celle du sapin sous la neige ; la neige tombe, tombe encore, et au lieu de se raidir, de se défendre, il laisse ses branches ployer, ployer encore, et à un moment la neige glisse sur le sol.

Tôt ou tard, nous vivons cet instant « de la neige qui glisse sur le sol », non parce que nous sommes devenus les maîtres du « oui à ce qui est », mais parce que tout ce qui vient, naît, vit, et un jour passe (meurt). Ainsi dans cette situation que vous décrivez, je demeure avec la boule au ventre, et – le cœur – le corps – et l’âme (le psychisme) – le plus détendu possible. Je sais (pas au sens de savoir mais de connaître – naître avec) que cet instant érode ce qui peut l’être aujourd’hui, et je laisse faire autant que cela est possible, tel que je suis aujourd’hui, pour ne pas me mettre en travers de ce qui se fait, de ce qui va vers le « rester tranquille » de H. W. L. Poonja. (précision, ce « restez tranquille » ne concerne pas l’action possible, mais le mental, le réactionnel, autre façon de pointer le « il n’en est pas pris livraison » de Nisargadatta Maharaj.

Tant que moi sera là, il y aura envie d’aller mieux, de moins souffrir, de ne plus avoir peur. Je le vis comme vous, simplement ce constat est si simple que ça ne pose pas de problème ni ne soulève de question. Je « connais » que l’éveil n’est pas une performance mais un retour qui se fait sans moi, de toutes façons, à chaque instant… mais avec mon autorisation.

Et si ponctuellement ça bascule sur « l’au-delà de », sur l’effacement pendant un instant de « celui qui a, qui essaie, qui fait pour », c’est simplement l’effet de la grâce, cela est « vu ». « Moi » n’y est pour rien.

Nisargadatta Maharaj dit :

« Tout arrive ; et vous saurez que vous n’êtes que l’observateur de ce qui arrive.»

Enquêter n’a rien d’une démarche intellectuelle. C’est voir et constater sans pensée.

Jean-Marie, « compagnon de cheminement », me faisait remarquer à propos du « Bonheur et l’instant » :

« Quand tu utilises le verbe « voir » dans ton livre, « voir » n’est pas une action et tu devrais le préciser. »

C’est tout à fait vrai. Je vais utiliser une image qui forcément n’est « qu’un doigt qui montre la lune ». La Conscience est semblable à un miroir, ou à une eau parfaitement pure. La plupart des vies se déroulent jusqu’à leur fin sans qu’il y ait connaissance de ce miroir que nous sommes, mais uniquement conscience de ce qui s’y reflète, avec un objet reflété qui n’est presque jamais vu en tant que reflet : ce que nous identifions en tant que : « çà c’est moi », que nous avons peur de perdre, que nous chérissons et voulons embellir en utilisant, quand ce n’est pas en exploitant, tous les autres objets reflétés, à seule fin de le maintenir, de le nourrir, envers et contre tout, en détruisant si nécessaire les objets reflétés qui nous apparaissent comme trop différents ou contraires. Ainsi sommes-nous figés devant le miroir, nous échinant à améliorer ce que nous y percevons, à vouloir le reflet éternel, le reflet parfait selon nos critères, sans découvrir qu’en fait « nous sommes le miroir ».

Ce que je nomme « l’éveil ordinaire », c’est l’instant où à nouveau le miroir se perçoit lui-même. Cette qualité particulière qu’a le miroir de se voir, cette première dualité, qui permet la multiplicité du manifesté, c’est « Je Suis » ; « Je Suis » je l’assimile au « Dieu » religieux. Il est le « Avant qu’Abraham fut, Je Suis » de Jésus. Il est l’éternel Yahwé qui apparaît à Moïse en donnant son nom : « Je Suis ». Et cette rencontre avec l’Origine, si elle est donnée à chaque instant à tous et toutes, si rien de ce que nous faisons ne peut nous l’obtenir, encore faut-il que nous lui donnions l’autorisation de nous apparaître. Cela aussi doit être connu.

Ce que je nomme « moi », c’est l’instant où la fascination d’un reflet particulier fait perdre au miroir sa propre perception jusqu’à lui faire croire que ce reflet c’est lui. « Je Suis » devient « je suis moi ».

Pour moi, aujourd’hui, la mort me semble être la simple disparition du reflet auquel nous sommes identifié, que nous prenons pour nous même, disparition qui survient lorsque la Conscience (qu’en fait nous sommes), sans nous demander notre avis, se détourne de ses perceptions.

Quant à l’Éveil avec un grand E, je le ressens comme étant l’instant où, en cette existence, La Conscience se détourne de toute forme survenant dans le miroir et demeure d’instant en instant dans sa propre contemplation ; l’homme « est retourné chez lui » et la mort n’est plus puisque l’identification au reflet « moi », puisque la fascination ou la terreur des reflets « l’autre », est à jamais tranchée ; alors toutes les images perçues sont connues comme impermanentes, sans attrait ni rejet puisque vécues comme expression d’une Unique source « Je Suis ». De la même façon qu’en rêve, les foules, les paysages rencontrés, les relations, les phrases prononcées par les différentes personnes, et les situations vécues, sont le fait d’un unique rêveur, mais qui n’est connu qu’au réveil.

Si la mort survient sans qu’il y ait eu « voir » du miroir que nous sommes, le néant semble être la fin de l’existence. Comme l’homme qui se fait fusiller en rêve et meurt sans que le dormeur ne s’éveille.

Aujourd’hui, lorsque Nisargadatta Maharaj affirme :

« Mon être véritable n’a aucune information sur ce « Je Suis », néanmoins ce corps s’est formé. Je ne puis donc éprouver aucune fierté, mais je vois qu’il n’en est pas de même pour vous. Votre état est exactement semblable au mien, mais vous tirez un grand orgueil de ce complexe « corps-esprit », de ce « Je Suis ».

 Je comprends « L’Être véritable, l’absolu » comme étant le miroir lui-même, sans aucune perception ni vision de Lui-même, non-dualité absolue excluant tout sujet séparé pour voir quoi que ce soit, Béatitude en elle-même, Absolu avant qu’il ne donne naissance à Dieu. Ce que décrit ainsi Nidargadatta Maharaj :

« La pure conscience (awareness) est primordiale ; c’est l’état originel sans commencement ni fin, sans cause, sans support, sans partie, sans changement. La conscience est en contact, une réflexion sur une surface, un état de dualité. Il ne peut pas y avoir de conscience sans Conscience (awareness), mais il peut y avoir pure Conscience sans la conscience, comme dans le sommeil profond. La pure Conscience est absolue, la conscience est relative à son contenu, est toujours conscience de quelque chose. La conscience est partielle et changeante, la pure Conscience (awareness) est totalement calme, silencieuse. Elle est la matrice commune de toutes les expériences. »

          Chez Nisargadatta Maharaj ce n’est pas l’expression de belles pensées.

Question : « Revenons au sommeil. Rêvez-vous ? »

Maharaj : « Bien sûr »

Question : « Que sont vos rêves ? »

Maharaj : « des échos de mon état de veille»

Question : « Et votre sommeil profond ? »

Maharaj : « La conscience du cerveau est suspendue. »

Question : « Etes vous alors inconscient ? »

Maharaj : « Inconscient de mon environnement, oui. »

Question : « Pas totalement inconscient ? »

Maharaj : « je reste conscient (aware) d’être inconscient »

 Mais avant de retourner totalement en ce que nous sommes, il nous faut déjà nous percevoir en tant que miroir et non en tant que reflet. Puis laisser le miroir nous aspirer jusqu’au point où plus aucun objet n’ait le pouvoir de nous détourner de lui, que ce soit dans l’attraction ou la terreur.

« Voir » n’est donc pas « une action vers » mais le fait de vivre la vie à partir du miroir (Je Suis) retrouvé, alors même que l’identification joue encore pleinement dans certaines situations. C’est connaître ce que nous sommes au lieu d’être à 100% un reflet courant après d’autres reflets sans aucune conscience de ce qui permet ces reflets.

Le fait même de percevoir le miroir crée le mouvement du retour, comme le fait de ne pas le voir crée le mouvement de l’éloignement.

Ceci est parfaitement indiqué dans le texte du bouddhisme tibétain (cité dans les petits cailloux 258) :

         « La voie du Dzogchen commence […] par la vue de la nature de son esprit (Rigpa). Si un aperçu de cette nature, de cette vue, est obtenu, alors la voie, le chemin, peut commencer.

Rigpa est un état de présence claire et éveillée qui transcende l’esprit pensant ordinaire… Si l’étudiant reconnaît sur l’instant cette présence vide et lumineuse, sans aucun attachement ni concept, on peut alors parler de Rigpa. Cette reconnaissance de la vue, si fugace soit-elle, est indispensable au développement de la pratique, car sans savoir de quoi il s’agit, comment pourrait-on développer la présence de Rigpa ?».

 Alors l’homme consciemment assiste au « revenir en ce lieu qu’il n’a jamais quitté et qu’il reconnaît pour la première fois ».

Et le chemin commence.

Et selon le témoignage de toutes celles et ceux qui l’ont parcouru en son entier, vient un instant où l’être (Je Suis) est amené par sa propre contemplation si proche du « miroir » qu’il s’y fond ; et « Je Suis » retourne en la perfection de l’Absolu. L’être revient chez Lui, à ce qu’Il est : le Non-Être, c’est-à-dire l’Être sans aucune dualité, sans « Je Suis ».

C’est avec l’accord de l’amie concernée que ce texte a été mis en ligne à partir de cet instant difficile qu’elle a partagé.

Le vécu de chacun n’est d’aucun intérêt, d’aucune utilité, s’il est appréhendé dans le voyeurisme du vécu de « l’autre » mais est une chance dès qu’il est le miroir du nôtre, dès qu’il est le révélateur de « notre » monde.

         Rencontre avec Jetsunma Tenzin Palmo à Paris en 2009 – 1ère partie …

         Interview de Jetsunma Tenzin Palmo à Paris en 2009 2ème partie …

Belle semaine

         François

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Nous n’avons jamais rencontré des situations mais seulement nos vécus.

Pour cette raison notre mémoire se compose de nos vécus, pas des situations rencontrées.

Nos vécus sont le fruit de l’identification de notre conscience à ses perçus : corps, sensations, émotions, concepts, croyances, situations rencontrées. Le zoom de la conscience sur le perçu, ressenti, conceptualisé, sur les situations rencontrées, aboutit à l’identification de La Conscience ; ce zoom est ce que je ressens comme étant ce qui est appelé « l’ego », le moi ; il transforme La Conscience en ma conscience ; alors la perception « moi identité » apparaît, et cette identité moi ne peut survivre qu’en se nourrissant des vécus personnels qu’elle crée en transformant « ce qui arrive » en « ce qui m’arrive ».

« Tout arrive ; et vous saurez que vous n’êtes que l’observateur de ce qui arrive.»

Nisargadatta Maharaj

Ces vécus personnels créent le temps – passé, futur – et nous excluent de l’instant. Moi ne veut pas de l’instant, car au cœur de l’instant il n’y a que ce qui est rencontré, sans personne pour le rencontrer. Au cœur de l’instant il n’y a aucun vécu personnel, seulement la vie qui vit. « Moi » disparaît, et « Je » se dit, Un et unique, au coeur  des formes multiples. Seul ce « Je » aime car il est chaque chose manifestée, non en tant que forme, mais en tant qu’identité « Je » Une et même en toutes. Il n’y a pas d’autre chemin vers la Paix.

Retrouver ce « Je », le goûter, est le commencement du chemin, alors même que moi plastronne encore et nous fait « manquer la cible »  selon le terme araméen qui a été traduit par péché.

Heureusement « Moi » est semblable à une porte. La porte ouvre vers l’extérieur pour faire entrer et accueillir et nous permettre de sortir, nous donner la possibilité de quitter notre chez-nous, d’y revenir, ou encore de se fermer à double tours pour nous y enfermer. Ainsi cette sensation « moi » devient ce que nous en faisons : soit la grâce de cette existence, soit la condamnation de cette existence. En cela est notre responsabilité, notre devoir de conscience.

Ce moi est donc aussi l’opportunité du repentir, mais de quel repentir s’agit-il ? Comme dit le père Le Saux :

« Le péché n’est pas ce qu’en font les moralistes. L’état de péché c’est d’être distant de Dieu.  »

         En Araméen, langue de Jésus, se repentir c’est retourner à la source, du mot Teshuvah : retour et réponse. Le repentir est donc le fait même de remonter à la source, en ce Je Suis où jamais moi ne fut. En ce Je Suis où « Avant qu’Abraham fut, Je Suis. »

Et même si « moi » ne retournera jamais à la source puisqu’il est cela même qui nous l’a fait quitter, bien avant qu’il nous ait totalement quitté, il peut devenir transparent à son origine. Cet instant est décrit ainsi dans un texte du bouddhisme tibétain :

« La voie du Dzogchen commence là où la plupart des chemins spirituels s’achèvent, par la vue de la nature de son esprit (Rigpa). Si un aperçu de cette nature, de cette vue, est obtenu, alors la voie, le chemin, peut commencer.

Rigpa est un état de présence claire et éveillée qui transcende l’esprit pensant ordinaire… Si l’étudiant reconnaît sur l’instant cette présence vide et lumineuse, sans aucun attachement ni concept, on peut alors parler de Rigpa. Cette reconnaissance de la vue, si fugace soit-elle, est indispensable au développement de la pratique, car sans savoir de quoi il s’agit, comment pourrait-on développer la présence de Rigpa ? La pratique ne vise en effet qu’un seul but : stabiliser la vue et augmenter le pouvoir de Rigpa afin qu’il imprègne progressivement tous nos actes ».

(La liberté naturelle de l’esprit de Longchenpa, Editions Points Sagesse).

 Et pour retrouver ce « Je » source, Nisargadatta Maharaj éclaire notre recherche :

« C’est en vous imaginant séparé que vous avez créé le fossé.
Vous n’avez pas à le traverser.
Il vous suffit de ne pas le créer. »

 En ce qui concerne nos actions pour porter la paix dans le monde il se contente de dire :

«Le chaos est le mouvement pour le mouvement. L’acte véritable ne déplace pas, il transforme. Un changement de lieu n’est que pur déplacement ; un changement dans le cœur est un acte. »

Nisargadatta Maharaj  dit aussi :

« Qu’avez-vous à vouloir sauver le monde quand tout ce dont il a besoin est d’être sauvé de vous ? »

 Et il partage aussi ce qu’il constate en lui-même, non comme étant lui-même, mais simplement comme étant :

« Être ouvert veut dire ne rien désirer d’autre. »

 « Une fois que vous avez réalisé que la route est le but et que vous êtes toujours sur la route, non pour atteindre un but mais pour jouir de sa beauté et de sa sagesse, la vie cesse d’être un devoir et elle devient naturelle et simple, une extase en soi. »

 « Pour aller au-delà du mental, il faut être silencieux et en paix. »

 «La conscience n’est pas une propriété privée, elle est universelle.

 En adoptant une identité séparée, on corrompt l’incorruptible. Voilà le péché originel. »

 Nisargadatta Maharaj

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Alison Balsom Bach Trio Sonata in C BWV 529 – YouTube

Belle semaine

François

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Heureuse année 2017 sur votre voie

« Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous.

[…] Parfois, au moment où on l’attendait le moins, quelqu’un s’agenouille soudain dans un recoin de mon être. Je suis en train de marcher dans la rue, ou en pleine conversation avec un ami. Et ce quelqu’un qui s’agenouille, c’est moi. Et ce « moi-même », cette couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l’appelle « Dieu ». « Hineinhorchen », « écouter au-dedans ». Ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l’essence et la profondeur de l’autre. Dieu écoute Dieu. ».

Etty Hillesum

Cet instant que décrit Etty Hillesum est l’aboutissement de toute une quête et son commencement. Ce vécu est tellement simple, et pourtant si rarement goûté. Non qu’il faille être saint, vertueux, un modèle religieux ; non, il faut simplement « recevoir l’effacement de ce qui affirme moi ». A cet instant « moi religieux, moi dans la multiplicité de ses masques, » laisse la place, laisse l’image sans en construire une autre. Il n’y a simplement plus rien… Alors la vie vit, et parmi toutes ces facettes en lesquelles le Un se dit dans les différentes formes et activités de notre existence unique, il y a la plus pure car la plus originelle, celle qui nous met sur le chemin du retour, le regard « Je Suis à Lui-même ». C’est l’ultime dualité qui nous propose, comme dans l’exode biblique, d’entreprendre le nôtre.

         Alors il est vu que le « redressez les chemins du Seigneur ! » de la Bible, ne peut se faire que si nous ne nous mettons pas en tête de les redresser par nous-même, mais comme Etty Hyllesum, de laisser la vie redresser les chemins que nous sommes nous, en tant que conscience identifiée, au lieu de nous mettre en tête de redresser les chemins de l’autre.

         Mireille Gounon dans les petits cailloux 253 terminait son commentaire ainsi :

         « Je vous souhaite…???? ce qui est, comme c’est, pour cette fin d’année… »

         Ainsi comme elle le dit si bien :

« Souhaitons-nous de vivre chaque instant comme « ce qui est » sans plus ni moins, en cette année 2017 »

         Belle année

         François

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